Une crème à glace avec… Alice Berthe de Enfants Sauvages

Séries: Une crème à glace avec...

11 juin 2021

Cet été, l’équipe de DanieleHenkel.tv reprend la route pour aller à la rencontre d’entrepreneurs saisonniers autour d’un bon cornet de «crème à glace»! Alors que tout le monde profite de la belle saison, ils ne comptent pas les heures et les sacrifices pour que leurs affaires fleurissent.

Au détour des terres agricoles d’un des plus beaux villages du Québec, à Stanstead, Alice Berthe de la ferme florale les Enfants Sauvages nous accueille. Crédit photographique © Jan Luxcey @janluxceyphotography

Ses jardins sont comme un poème qui murmure la beauté des saisons. En ce début de juin, il y avait des plants de rosier tranquilles et quelques boutons de pivoines. « On les appelle des marshmallows, sourit celle qu’on surnomme aussi Lilou, alors que son fils Hazel court nous rejoindre pieds nus. Et c’est tout ce qu’on va voir, car ils sont destinés à notre clientèle qui les verront éclore ».

L’entreprise Enfants Sauvages, c’est plus que des fleurs. Dites-m’en plus! 

« C’est d’abord une ferme écologique et responsable. L’étang est utilisé dans notre système d’irrigation, et pour notre paillage, on récupère les feuilles mortes et des cartons dans une boutique de vélos pas loin. On cultive à la main et on produit sans herbicides, pesticides ou engrais synthétiques.

On fait du design floral, pour la vente directe aux particuliers ou pour les rituels, les mariages ou les funérailles. On est aussi un lieu de sensibilisation avec une mission éducative. C’est moi qui anime des ateliers de confection de couronnes de fleurs et de dégustation d’hydromel. Mon conjoint Thierry Bisaillon-Roy, diplômé en gestion des entreprises agricoles biologiques, est l’homme de terrain.

Notre dynamique est familiale. On travaille à petite échelle, ce qui ne m’empêche pas de combiner les rôles de maman, apprentie sage-femme et responsable des communications! ».

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Des slow flowers, qu’est-ce que ça veut dire? 

« C’est le concept de la ferme à la table. Il n’y a pas d’intermédiaires. Il faut savoir qu’entre 80 et 90% des fleurs viennent de loin. Entre la récolte, l’entreposage, le vol, le temps d’attente et l’acheminement dans des camions, elles n’ont décidément plus le même éclat, ni même aucun parfum. Voilà pourquoi celles d’ici sont de meilleure qualité et ont une durée de vie plus longue. Les producteurs locaux peuvent aussi cultiver des variétés de spécialités, comme les tulipes perroquet, sans qu’elles coûtent une fortune. Et elles sont si jolies avec leurs pétales comme des plumes! Chez un fleuriste qui les importe, il faut compter plus de cent dollars pour un tout petit bouquet, c’est trois fois le prix!

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Acheter des fleurs locales: ça fait vraiment une différence?

«Évidemment, on réduit l’empreinte carbone, mais on est aussi responsables. L’impact social et écologique de la production florale à l’étranger est désolant. La concentration de pesticides est encore plus élevée que dans les aliments. Ceux qui travaillent dans les champs n’ont aucune protection et il a été prouvé que l’utilisation du produit chimique DDT est cancérigène et est un perturbateur endocrinien. Au Canada, c’est interdit, mais on importe quand même des fleurs traitées ».

 

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Des fleurs locales… une production strictement estivale?

« Les premiers bouquets sont ceux de la fête des Mères, avec les corolles sucrées des pommiers, les incontournables tulipes, les anémones et les doux chatons de saule. Il y a un temps pour tout, comme avec la saison des fraises. On a des fleurs jusqu’au premier gel. Les dernières à pointer le bout de leur nez sont les dahlias et les zinnias. En faire un arrangement avec des pivoines, ça ne se peut pas chez nous! On respecte la temporalité de chaque espèce ».

Comment assurez-vous un revenu suffisant pour l’entreprise?

« Pour la première année, en plus des commandes à la pièce, on a décidé de mettre en place des abonnements, un peu comme les paniers de légumes bio. Les gens achètent sur le site et on dépose les bouquets dans nos points de chute. Ça nous assure une régularité. On a prévu deux options: dix bouquets pour la pleine saison de mai à octobre, sur une base bimensuelle, ou cinq pour le printemps ou l’été.

Des bouquets aux deux semaines sur ma table?

« Quel bonheur! C’est une façon de prendre soin de soi avec du beau. Parmi mes 100 clients abonnés, aucun ne s’était offert des fleurs fraîches de saison aussi souvent. Une fois de temps en temps tout au plus, pour les occasions. Aujourd’hui, on est dans une tendance de bien-être. Le design urbain l’a compris: en ville, elles renforcent le tissu social. En entreprise, elles créent un sentiment d’appartenance. Chez soi, c’est un petit plaisir presque gourmand ».

Et le reste de l’année alors?

« On a aussi décidé qu’on allait produire des amaryllis, qui sont les seules à fleurir dans le temps de Noël. Pour la Saint-Valentin, on offrira soit des bouquets séchés, soit des abonnements estivaux ».

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Isabelle raconte Enfants Sauvages…

Dans les serres, les giroflées poussent et les rangées de tulipes, récoltées, sont vides; des renoncules, accablées par la canicule hâtive, sont en dormance.

Dans la chambre froide, une grange reconvertie, des pavots couleur abricot et des pois de senteur violets se rafraichissent avant d’être mis en bouquet.

Sur la table, des vases de consoude et de lupins sont en observation, « pour voir combien de temps les différentes variétés restent en floraison ».

Ce n’est qu’un aperçu du travail méticuleux et de la connaissance précise qu’il faut avoir : ne s’improvise pas agriculteur fleuriste qui veut, et moins encore quand on fait des slow flowers.

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.