Thione Niang, de Barack Obama à la jeunesse africaine

22 octobre 2021

Défenseur mondial de la jeunesse, stratège politique, entrepreneur social, agriculteur, auteur, conférencier et célébrité internationale, l’Américano-Sénégalais Thione Niang est d’un calme olympien. Assis sur une banquette du lobby d’un hôtel montréalais, il revisite son passé pour la énième fois, mais le raconte avec enthousiasme. Il faut dire que son histoire n’est pas banale. Cet ancien responsable des jeunes démocrates aux États-Unis a notamment participé de près aux deux élections présidentielles de Barack Obama. Sans surprise, le slogan « Yes We Can » est devenu un leitmotiv pour la suite de son parcours balisé par les enjeux associés aux jeunes. Rencontre.

Tout récemment, M. Niang a été invité à offrir une conférence pour l’événement MTL Connecte. Le sujet principal : les promesses et les défis de la révolution numérique en Afrique. Animé par la correspondante du journal français Le Monde au Canada, Hélène Jouan, cet entretien avait l’apparence d’un brillant plaidoyer pour une jeunesse mieux guidée et mieux outillée. En utilisant à la fois l’anglais et le français, Thione Niang a parlé d’un récent projet JeufZone, qui vise à stimuler et former des jeunes pour qu’ils prennent en main le sort de la terre africaine. Comment ? Tout simplement en développant l’agriculture, la base de toute activité économique. Par ailleurs, il a parlé de Give1Project, qui a pour but d’aider les jeunes à se construire un avenir sur leur terre natale.

Au lendemain de cette conférence, nous avons rencontré en tête-à-tête l’homme de 43 ans afin qu’il puisse partager sa vision d’un monde meilleur.

Kaolack, Dakar, New York et Cleveland

Issu d’une famille pauvre de Kaolack, une grande ville du Sénégal, Thione Niang finit ses études secondaires dans un lycée de la capitale, Dakar, à 16 ans. À cette époque, il rêve comme bien d’autres Sénégalais de partir en Occident. Là où, semble-t-il, les perspectives de vie sont meilleures. Sa destination de prédilection : le pays de l’Oncle Sam.

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En 2000, Thione Niang migre donc aux États-Unis. Rien n’a été simple. C’est grâce à une quatrième demande de visa qu’il peut débarquer chez un ami de la famille qui habite dans le Bronx, à New York. Celui-ci travaille dans la mégapole comme chauffeur de taxi. « I was sleeping on his couch », de préciser Niang, qui n’avait que quelques dollars en poche à cette époque. Assez rapidement, il déniche un emploi dans un restaurant. Ayant amassé 800 $ en trois mois, il monte dans un bus et décide de déménager à Cleveland pour poursuivre ses études universitaires.

Ce qu’il découvre dans cette ville de l’Ohio le laisse perplexe. « Au début, j’ai été choqué par cette ville. Je n’avais jamais vu autant de pauvreté et d’inégalités sociales au sein des communautés noires. Au début de ma vingtaine, je me suis donc demandé ce que je pouvais faire pour améliorer le sort de ces communautés, dont j’étais devenu proche. J’ai commencé à faire du bénévolat pour la mairie. Petit à petit, je suis devenu une sorte de spécialiste de campagne municipale auprès de Kevin Conwell, en 2005. »

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Ensuite, M. Niang devient directeur adjoint de la campagne du candidat à la mairie Frank Jackson, un démocrate métis qui est toujours en fonction. Plus tard, il travaille  à titre de directeur de campagne aux côtés de la députée noire Shirley Smith, qui voulait devenir sénatrice. C’est elle qui lui présente le sénateur Barack Obama en 2006, à Columbus.

Aujourd’hui, Thione Niang est d’avis que son séjour à Cleveland a été déterminant pour le reste de sa vie. « J’ai appris à apprécier l’endroit. C’est ma ville. J’ai vécu dix ans là-bas. J’ai dirigé les jeunes démocrates à partir de Cleveland. Tout ce que je connais de la politique américaine, je l’ai appris à Cleveland. J’ai même un fils de 15 ans qui y vit… Et j’y ai encore beaucoup d’amis. »

« Yes, We Can »

À 30 ans, en 2008, Thione Niang fait ses preuves dans la campagne électorale de Barack Obama. Le slogan Yes We Can lui sied à merveille. Il contribue notamment à lever des fonds. L’année suivante, alors qu’Obama dirige la Maison-Blanche, il est nommé président des affaires internationales des jeunes démocrates des États-Unis.

En 2009, un discours d’Obama inspire M. Niang : il crée une fondation baptisée Give1Project. Présente dans 34 pays à travers le monde, dont 23 en Afrique, sa mission est d’assurer l’autonomie des jeunes. « Après la fin de la campagne électorale, il nous a parlé de l’importance de concrétiser des choses à partir de l’Amérique. J’ai décidé de créer une organisation pouvant construire des ponts pour la jeunesse, ce que je n’avais pas lorsque j’ai grandi au Sénégal. Give1Project apporte des connaissances dans l’entrepreneuriat et le leadership. Cette formation de quelques années s’adresse à des adolescents tout comme à des gens dans la quarantaine.

 

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« Elle leur fournit des outils afin qu’ils puissent apporter des solutions aux différents problèmes dans leur communauté. En plus, ils ont eu la chance de visiter d’autres pays afin de s’ouvrir à d’autres cultures. J’ai d’ailleurs accompagné des groupes pendant des années dans diverses nations. »

En 2012, Thione Niang demande de nouveau le soutien des jeunes Américains en faveur de Barack Obama. Président national de Generation 44 (Gen44), Obama étant le 44e président des États-Unis, Thione Niang dirige le comité financier de la campagne destiné aux moins de 40 ans. Le nom de Thione Niang circule partout aux États-Unis. Il est considéré comme un activiste noir respecté.

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Agriculture : « You have to make it cool »

Persuadé qu’un bon leader est celui qui prêche par l’exemple, il décide de retourner au Sénégal en 2014, et y cultiver lui-même plusieurs hectares de terre. Ce faisant, il incite les jeunes à changer leur point de vue quant à l’agriculture.

« Quand je suis retourné au Sénégal, j’ai tenté de trouver des solutions adaptées à la population. J’ai constaté entre autres que la majeure partie de ce que les Sénégalais consomment provient de l’extérieur du pays. C’était choquant de voir ça. Je me suis dit : ’’ It’s time to go farming. “ Le Sénégal – qui a la jeunesse, le soleil, de bonnes terres, un bon climat – avait quand même de la difficulté à nourrir son monde. J’ai réfléchi à comment rendre l’agriculture attirante pour les jeunes. À leurs yeux, elle était synonyme de misère, loin de ce que pouvait constituer un “ vrai business ”. So, you have to make it cool.

« S’ils voient des gens comme moi, qui ont eu la chance de vivre à Washington, qui ont voyagé dans le monde, ils acceptent mieux nos idées. S’ils nous voient aller aux fins fonds des villages avec nos bottes de caoutchouc aux pieds pour travailler, ils acceptent plus facilement la proposition. The best way to teach is through action. C’était donc à moi, et à des collègues, d’aller sur le terrain et de montrer l’exemple. Ils comprennent que l’agriculture, c’est du business. Aujourd’hui, des milliers de jeunes reviennent à la terre, à ma grande surprise. Je pense que dans quelques années, l’Afrique va peut-être nourrir d’autres populations dans le monde. Pourquoi pas ? C’est ça mon rêve. »

Digital skills

Dans cet univers agricole, un autre élément est crucial selon M. Niang. Les infrastructures sont encore très insuffisantes, au Sénégal, mais aussi partout en Afrique. « Je pense à l’accès à l’énergie et à Internet. Quand on parle d’outils numériques, on doit installer la fibre optique sur tout le continent africain. Actuellement, l’accès à Internet est très dispendieux.

« Si les gouvernements pouvaient s’associer aux entreprises privées afin d’assurer la construction d’infrastructures adéquates, ça pourrait amener les populations africaines vers la prochaine étape, celle de commercer et d’échanger des capitaux grâce à Internet. Il y a plus de 400 millions de téléphones cellulaires sur le continent africain. Mais Internet leur est souvent inaccessible ou très limité. »

Pour tenter de remédier à ce problème fondamental, Thione Niang a tout récemment fondé Give1Project Digital Skills Academy, un centre qui formera la jeunesse africaine aux métiers des technologies numériques.

Basé à M’bour, ville au sud de Dakar, le centre est officiellement ouvert depuis juin 2021. Il accueille des jeunes qui sont formés au sujet de l’intelligence artificielle, le commerce en ligne, la cybersécurité, le codage, la cryptomonnaie, etc. Les étudiants admis obtiennent une bourse. Ils sont aussi logés et nourris durant leur cursus d’une durée de quatre mois.

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Les bons leaders

Pour Thione Niang, qui finance ces différents projets grâce à des partenariats internationaux, des donateurs privés ou encore des revenus de conférence, l’entrepreneuriat social est l’une des solutions afin d’assurer un futur meilleur pour l’humanité. « On doit révolutionner le système d’éducation en Afrique pour former entre autres des jeunes quant aux métiers du numérique. La relève a besoin d’écoles modernes afin d’avoir les outils dont elle a besoin.

« Je suis un éternel optimiste. Mais, je me demande sans cesse ce que je peux faire pour améliorer la vie des jeunes, qui gouverneront le monde demain. Je ne suis pas un expert de l’agriculture ou des transformations numériques. Cela dit, je pense que les bons leaders sont ceux qui trouvent des solutions, qui inspirent et accompagnent les personnes vers un meilleur futur. »

À propos de l'auteur(e)

Jean-François Cyr

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