Sommet des Amériques : le déclin de l’empire américain ?

Valérie Beaudoin

20 juin 2022

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Notre chroniqueuses Valérie Beaudoin, experte de la politique américaine

L’événement qui devait marquer le grand retour de la coopération à travers les Amériques et la fin de l’isolationnisme de Donald Trump a plutôt été marqué par la division. Les controverses et les problèmes de politique intérieure de Joe Biden ont porté ombrage à cette neuvième édition du Sommet des Amériques. 

L’objectif est de faire une coupure avec le protectionnisme trumpiste et de freiner l’influence grandissante de la Chine dans la région. Pour cette édition, les gros dossiers ne manquaient pas : vaccination des pays les plus défavorisés, coopération économique, environnement et l’épineuse question de l’immigration. Deux de ces dossiers nous concernent.

 

La question de l’immigration – sans les gros joueurs

Le président du Mexique a d’abord annoncé boycotter le Sommet pour protester contre l’exclusion de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua (tous exclus en raison de politiques non démocratiques et de violations répétées des droits de l’Homme). Bien que des membres du gouvernement de Andrés Manuel López Obrador aient fait le voyage jusqu’à Los Angeles, cela démontre que la grande famille américaine élargie ne cohabite pas en harmonie. 

Le problème ? La question de l’immigration, qui est préoccupante pour les États-Unis à l’international, mais surtout politiquement explosive à l’intérieur du pays. Elle implique directement le Mexique, pays tampon entre l’Amérique centrale et les États-Unis. Leur collaboration est essentielle pour la gestion de l’immigration irrégulière à la frontière. Celle-ci est d’ailleurs exacerbée avec la fin des mesures associées à la pandémie et le désir de vivre, comme toujours, ne serait-ce qu’une fraction du rêve américain. Pour ajouter à la délicate situation, le Guatemala, le Honduras et l’El Salvador, d’où proviennent un grand nombre des migrants qui fuient la violence et la pauvreté, ont aussi décidé de refuser l’invitation du président Biden.

Le Canada va accueillir 4 000 migrants du Sud et confirme 50 000 travailleurs de plus

Le premier ministre Trudeau a également rencontré Joe Biden lors du Sommet, mais la rencontre est passée sous le radar. Bien qu’il ait affirmé à nouveau que les États-Unis n’ont pas de meilleurs amis que le Canada, force est de constater que concrètement, nous ne sommes pas aussi importants dans l’agenda américain… Ensemble, ils ont réitéré leur aide militaire et humanitaire pour soutenir l’Ukraine. Mais l’engagement le plus concret est celui du Canada qui s’engage à accueillir 4000 migrants de l’Amérique latine d’ici 2028 pour enlever un peu de pression sur les États-Unis, ainsi que la confirmation de faire venir 50 000 travailleurs agricoles additionnels du Mexique, du Guatemala et des Caraïbes.

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Hausse de l'immigration latine prévue au Canada d'ici 2028

Entente bilatérale Canada-Californie 

L’une des nouvelles positives ressortant du Sommet implique l’État de la Californie et  le Canada. En plus d’une population presque identique, ils ont tous deux à cœur la question des changements climatiques et des mesures à prendre pour freiner le réchauffement de la planète. Est-ce que les deux vont aussi loin? Peut-être pas, mais le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, ont profité d’une rencontre en marge du Sommet pour signer une entente bilatérale. 

L’accord vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation des plastiques à usage unique, favoriser les véhicules électriques et prendre les moyens pour prévenir au maximum les feux de forêt qui ont fait rage à la fois en Californie et dans l’ouest canadien dans les dernières années.  Les deux encouragent aussi, par leurs politiques, la création d’emplois dans le secteur de l’énergie renouvelable et de l’environnement.

Les messages que passent Biden à l’international ont de plus en plus un objectif clair : être entendu par les citoyens américains qui ont vraiment besoin d’être convaincus de sa présidence, en chute libre dans les derniers sondages. Malheureusement, l’événement aura été une autre démonstration que l’influence des États-Unis n’est plus ce qu’elle a déjà été. Le Canada, qui restera toujours un partenaire essentiel comme pays voisin, fait bien de continuer à construire des alliances avec le reste de la planète. 

À propos de l'auteur(e)

Valérie Beaudoin

À propos de Valérie Beaudoin

Analyste et chroniqueuse

Valérie Beaudoin est analyse et chroniqueuse de politique américaine. Elle traite de divers enjeux de cette société, qui ont souvent un impact chez nous. Elle est également chercheure associée à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et membre du Groupe de recherche en communication politique de l'Université Laval.