Rose Buddha: mamans, slowpreneures et défricheuses écoresponsables

Séries: Écoentrepreneuriat

6 mai 2021

Choisir la voie de l’écoresponsabilité et du slowpreneuriat, c’est considérer les obstacles comme moteur de l’innovation et de la créativité. Parlez-en aux deux fondatrices de Rose Buddha qui ont vu leurs ventes bondir de 450 % depuis le début de la pandémie.

Lorsque Madeleine Arcand et Maxime Morin ont lancé Rose Buddha en 2016, le Québec comptait très peu de marques vêtements écoresponsables et zéro déchet. Alors que l’entreprise franchit le cap des cinq ans, les deux comparses assument plus que jamais leur mode de vie. « La pandémie a été un tournant, commence Madeleine Arcand. Au printemps 2020, Maxime et moi avons tous deux déménagé nos familles à la campagne. Nous avons géré l’hypercroissance de Rose Buddha avec les enfants à la maison. »

Le triomphe du linge mou

Les valeurs d’achat local, durable et écologique qui ont connu une résurgence pendant la pandémie leur ont été favorables. Leur créneau aussi: elles créent des vêtements de sport confortables, communément appelés « linge mou » (dont leur fameux legging fait à 80% de bouteilles recyclées) si populaire en télétravail.  Le premier mois, elles ont vendu tout leur inventaire. Elles ont alors quadruplé leur production et ajouté 16 nouveaux membres à l’équipe. « En tant que passionnées de méditation et de yoga qui cosignent un livre sur le slow living, il était clair qu’on ne voulait pas devenir malheureuses et stressées là-dedans, souligne Madeleine, cocréatrice d’une application de méditation. Nous sommes donc allées chercher dans notre réseau des personnes performantes dans leur milieu. »

La solution pour garder le cap sur leur mission: se détacher de plus en plus des communications et de la gestion des réseaux sociaux pour réfléchir aux prochaines collections, aux couleurs et aux coupes. « On ne fait pas de la fast fashion, mais de l’intemporel, précise Madeleine. Maxime est très passionnée par les nouveaux textiles ou les textiles du futur. Nous avons notamment créé un sac en “cuir “ d’ananas. On vient aussi de lancer des lunettes en acétate de cellulose biodégradable. On tente de trouver des options écoresponsables aux produits de tous les jours. »

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Créer, innover, recycler

L’innovation est donc au cœur de leur démarche.  « Nos choix de matière sont restreints et très dispendieux. Les fabricants écoresponsables se comptent sur les doigts d’une main. Bien souvent, nous avons juste une option de fournisseur. On apprend donc à construire malgré les obstacles. »

Être une entreprise zéro déchet vient aussi avec son lot de défis. «C’est bien plus compliqué de trouver quoi faire avec les bouts de tissu que de les jeter à la poubelle!, s’exclame Madeleine. On ne fait pas d’argent avec ce recyclage, mais on y tient. On ne veut pas créer davantage de déchets sur la terre. Lorsqu’on a créé Rose Buddha, on savait qu’on créerait des produits, mais on incite vraiment nos clients à en acheter seulement lorsqu’ils en ont besoin. » Les retailles de tissu deviennent donc des intérieurs de poches, des bralettes, des bandeaux ou des bijoux. Et les restants de retailles sont récupérés par une autre entreprise qui fabrique des paniers.

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En mode slow

Avec leurs valeurs éthiques et bienveillantes, Madeleine et Maxime incarnent le slowpreneuriat à son meilleur. « Chez Rose Buddha, on ne commence jamais avant 9h30 et on ne termine jamais après 15h30 alors que les enfants rentrent de l’école, énonce Madeleine. On s’organise pour travailler à l’intérieur de ces heures-là. Maxime et moi avons fondé Rose Buddha pour avoir le contrôle sur notre vie et notre bien-être intérieur. Évidemment que l’entreprise prend de l’expansion moins rapidement, mais pour nous, il n’était pas question de travailler 75 heures par semaine. »

La vision des deux associées, qui ont participé à Dans l’œil du Dragon et à Dragon’s Den, détonne parfois avec celle des mentors qui souhaitent les propulser. « Souvent, ils ont le réflexe de vouloir nous faire entrer dans toutes les boutiques du Canada, raconte celle dont les ventes se font essentiellement en ligne. Or, notre marge de profit n’est pas assez grande avec les commerces de détail. On est ouvertes, mais pas à tout prix. »

Outre le slowpreneuriat, les deux entrepreneures endossent aussi la philosophie de l’économie bouddhiste (Buddhist Economics) que Madeleine Arcand, qui a étudié les écritures bouddhistes à Harvard, résume ainsi: « On ne peut pas faire des affaires au détriment de la planète ou de personnes en position de vulnérabilité. Les entreprises doivent être éthiques. Le succès n’est pas mesuré à l’argent, mais bien à son niveau de bonheur et à celui des autres. »

À propos de l'auteur(e)

Mélissa Proulx

À propos de Mélissa Proulx

Éditrice

Mélissa Proulx est une journaliste, chroniqueuse et rédactrice. Elle se consacre avec passion et créativité à l’élaboration de contenus journalistiques riches et variés depuis 2002.