Relance culturelle : des diffuseurs enthousiasmés prêts à relever les défis

Isabelle Naessens

15 juin 2021

La relance tant annoncée est enfin là : les festivals d’été reprennent du collier et les artistes vibrent à nouveau sur scène. Discussion sur les enjeux avec des expertes des arts vivants: Marcelle Dubois, directrice générale du Théâtre aux Écuries et Jamie Wright, co-présidente du Regroupement québécois de la danse

L’enthousiasme est palpable : les artistes ont hâte de renouer avec un public en manque d’arts et de spectacles et les diffuseurs peuvent enfin commencer à dérouler leur programmation. Il n’en reste pas moins que le milieu culturel a été secoué par la crise.

Embouteillage des projets et spectacles

« Depuis un an et demi, la diffusion est arrêtée, explique Marcelle Dubois, également co-directrice artistique du Théâtre aux Écuries. Il s’agit maintenant de rattraper les projets et d’honorer les contrats qui étaient déjà dans le collimateur. Les saisons de théâtre se préparent un, deux, voire trois ans à l’avance. On se retrouve avec un véritable goulot d’étranglement dans l’accès aux scènes ». Même son de cloche du côté de la danse: les studios de répétition ont pu rester ouverts et les spectacles sont à la queue leu leu pour être programmés: « Les artistes ont créé et répété, confirme Jamie Wright du Regroupement québécois de la danse. Il faut passer à la prochaine étape et diffuser, au risque de faire mourir dans l’œuf tous ces projets ».

L’incertitude plane autour des artistes émergents et de la relève. « La vigilance sera de mise pour ne pas échapper cette génération, s’inquiète Mme Dubois, elle-même auteure et dramaturge. S’ils ne sont pas déjà dans le système, comment vont-ils pouvoir y accéder? Et que faire des œuvres éminemment contemporaines qui sont ancrées dans une réflexion sur le présent? Quand pourra-t-on présenter ce que les artistes ont eu à dire de ces moments bouleversants? Serons-nous collectivement ailleurs lorsqu’ils pourront faire partie de la diffusion? »

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Marcelle Dubois, Théâtre aux Écuries
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Jamie Wright, Regroupement québécois de la danse

Exode des travailleurs culturels

La pause forcée a aussi affecté les techniciens, régisseurs, monteurs, éclairagistes, et le personnel administratif. « Non seulement on sent qu’on était vraiment à la limite de ce qu’on pouvait demander aux artistes, mais on a déjà commencé à perdre nos travailleurs culturels spécialisés qui ne veulent plus vivre cette insécurité financière. Plusieurs ont dû se réorienter », se désole Mme Dubois. « La question de la contingence est un enjeu depuis des années, et la pandémie n’a fait que l’exacerber, constate Mme Wright. On risque de vivre l’impact de cette perte d’expertise dans le milieu pendant longtemps ».

Les régions, parents pauvres de la danse et du théâtre

Certaines disciplines ont été plus touchées que d’autres. Le théâtre et la danse, qui tournaient à plein régime dans les grandes villes, se sont vus pris au dépourvu le rouge venu! Le milieu de la danse, en particulier, soudainement coincé entre quatre murs, a réalisé qu’il s’était surtout développé à l’extérieur des frontières au fil des années. « La danse n’a pas de langue, elle est universelle, c’est pourquoi elle a pu s’exporter si facilement, explique Mme Wright, aussi interprète et professeure de danse. Plusieurs initiatives locales sont pourtant nées des nécessités de la pandémie. Il y a eu des rencontres virtuelles, des regroupements spontanés pour faire amener les arts vivants en région. J’espère que ces projets vont laisser des traces et devenir structurants ».

Dans une lettre ouverte envoyée au Devoir le 9 juin 2021, 15 artistes et directeurs de lieux de diffusion en région ont appelé à un déploiement durable et concerté de la danse professionnelle « qui souffre d’une sévère centralisation à Montréal […] Avec la suspension des tournées internationales, le milieu de la danse s’est retourné vers son réseau de diffusion local pour constater qu’il était nettement sous-développé ».

Tous ces enjeux, mis à part l’abondance de création dans les limites de la diffusion, existaient avant la pandémie, mais celle-ci les a révélés avec éclat. Le modèle d’affaires entourant les arts de la scène au Québec est à repenser. Des solutions sont envisagées. À lire demain sur danielehenkel.tv 

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.