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L’intégration des ODD en entreprise : le développement durable est aussi social et rentable !

Isabelle Naessens

29 mai 2024

8 minutes

Face aux objectifs de développement durable en entreprise (ODD), les attentes des investisseurs, mais aussi des clients et des parties prenantes, sont de plus en plus grandes. Or, plusieurs restent frileux. Mais de quoi s’agit-il concrètement?

Quelles mesures faut-il mettre en place?

Combien ça coûte, et quel est le retour sur investissement?

Quand, comment et pourquoi les intégrer?

Devant tant de questions, et afin de permettre aux dirigeants de mieux comprendre et de s’approprier les ODD pour en faire une réelle valeur ajoutée dans leur entreprise, nous avons discuté avec un expert de la question, Jean Martel, coach en développement durable, et Noémi Harvey, directrice régionale de la capitale nationale chez Evol.

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Le développement durable, ce n'est pas juste l'environnement!

Bien plus qu’un virage vert

 

« Le développement durable, c’est pas de compter les grenouilles sur le bord du chemin! rit Jean Martel. C’est sûr que c’est un concept flou, qui parle surtout d’environnement aux yeux du monde, mais le spectre est vraiment plus large que ça. C’est tellement plus. »

« Le développement durable répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs », énonce le fameux rapport Brundtland. Il est donc question d’équité sociale, de gouvernance transparente et participative, de transformation de l’économie, et bien sûr, de protection de l’environnement. « La notion de responsabilité est importante, et de participation à la résolution des grands défis mondiaux, explique Jean.

Et pour l’entreprise, ça se passe autant à l’interne qu’à l’externe. » On pourrait dire, dans un jargon corporatif, que les ODD se retrouvent aux confluents de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) et des critères ESG (gouvernance sociale environnementale). 

« On l’oublie souvent, mais il y a tout l’aspect humain que l’on peut prendre en compte, précise Noémi Harvey. Les entreprises sous-estiment souvent toute l’importance du changement qu’elles peuvent opérer à ce niveau-là.

Ça peut être à travers la diversité et l’inclusion au sein de leurs équipes, mais aussi en octroyant un plus grand pouvoir d’influence aux employés et de participation aux décisions. Les entreprises peuvent contribuer de manière significative aux ODD, en proposant un modèle durable et inclusif à tous les niveaux, au-delà de la réduction des impacts négatifs, en créant aussi des impacts positifs. Les ODD se retrouvent aussi dans la mission et les valeurs de l’entreprise. Ils sont interconnectés et transversaux. » 

Plus que jamais, les employés et les clients veulent des entreprises engagées, et c’est justement ce dont il s’agit. 

Une autre façon d’intégrer les ODD est de se doter d’une politique d’approvisionnement responsable. Ceci concerne les fournisseurs, mais les enjeux de la durabilité peuvent s’étendre aux choix des collaborateurs et des parties prenantes.

Pensons aussi à tout ce qui relève de l’environnement, avec les mille et une façons de réduire son empreinte écologique : décarboner la production, diminuer les déchets et les emballages, utiliser les pertes pour faire d’autres produits (faire de l’économie circulaire), prioriser l’achat local, chercher l’efficacité énergétique, opter pour l’éco-conception ou utiliser des matériaux plus durables, etc.

On pourrait croire que contribuer aux ODD n’est pas possible dans toutes les industries. Et pourtant! « Qu’en est-il d’un cabinet de professionnels qui aurait numérisé toute sa paperasse? illustre Jean. Mon activité ne pollue pas, alors ça ne me concerne pas? Ce n’est pas tout à fait ça! Tout le monde peut contribuer aux ODD, même s’il y a des nuances à faire au niveau de la matérialité (une entreprise de transport aura un impact plus grand, visiblement).

En fait, il s’agit de s’attarder là où l’entreprise aura le plus de capacité d’action et d’influence, et de trouver les enjeux qui sont les plus pertinents dans son secteur. Vous l’avez compris, les ODD peuvent se faire à plusieurs niveaux. On peut tous faire mieux. » 

« Il faut surtout de démystifier le concept, poursuit-il. Je me souviens d’une entrepreneure qui me disait que ce dont elle avait vraiment besoin, c’était d’agrandir son espace. En quoi pouvait-elle donc contribuer aux ODD? En choisissant un bâtiment patrimonial (et donc en réhabilitant un édifice et en sauvegardant des ressources renouvelables), des matériaux écologiques pour la rénovation et des fournisseurs responsables, je l’ai aidé à réaliser qu’elle participait de ce fait aux ODD. » 

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Jean Martel, coach en développement durable
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Noémi Harvey, directrice régionale de la capitale nationale chez Evol

Devenir durable et être rentable, c’est possible?

 

« C’est la grande question! énonce haut et fort le coach en développement durable. Plusieurs pensent, à tort, que ces investissements vont réduire leurs marges. C’est une croyance qu’il faut absolument déconstruire. »

« Les entrepreneurs, de concert avec nos experts, bâtissent un plan d’action cohérent ensemble, en prenant en compte tous les processus, et ce, sans malmener leur santé financière, soutient la directrice régionale. On ne s’attend pas à ce que les entreprises que l’on finance se compromettent en instaurant de nouvelles mesures. Où serait l’intérêt? De toute façon, une entreprise qui n’est pas rentable, n’est pas durable. 

Ce que l’on regarde surtout, c’est l’intention d’avoir un impact positif et la mise en action de cette intention, si petite soit-elle au départ. Tout part de la volonté du dirigeant d’entreprise, de son engagement à s’améliorer, à commencer une telle démarche, laquelle peut se faire de façon graduelle.

Notre accompagnement est personnalisé, selon le niveau de conscientisation de chacun, de la solution du bac de recyclage jusqu’à la résilience complète. Chacun à son rythme, selon ses moyens. La clé est d’opter pour des choix responsables sans nuire à la rentabilité. »

On peut citer cette entreprise en hébergement et restauration qui avait reçu une facture exorbitante pour la gestion de ses nombreuses matières résiduelles (pour la collecte, le transport, et l’enfouissement) : sa motivation de réduire son empreinte carbone a été entièrement motivée par des considérations liées à sa rentabilité! Il est souvent plus économique de faire des choix responsables.

Par ailleurs, on croit souvent que l’innovation coûte cher. « C’est vrai dans certains cas, mais il y a aussi l’idée de faire autrement, de ne pas reproduire ses erreurs, ajoute Jean. Intégrer de nouvelles solutions et de nouveaux processus ne coûte pas forcément plus ; rappelons-le, les ODD concernent aussi l’humain et la gouvernance. » 

Il y a l’exemple de cette entreprise, le Marché des Saveurs, située en Gaspésie, où la main-d’œuvre se fait particulièrement rare. L’école finissait au moment où les shifts des étudiants commençaient. La propriétaire a donc décidé de payer les jeunes pendant leur quinze minutes de marche vers son commerce! Son initiative a non seulement favorisé la rétention de ses employés, mais aussi créé un fort sentiment d’appartenance. Elle a ainsi pu assurer sa pérennité, tout en contribuant aux ODD, sans que ça lui coûte une fortune. 

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Créez un sentiment d'appartenance et d'engagement à vos valeurs, c'est aussi ça contribuer aux ODD!

Quel est l’intérêt d’intégrer les ODD à mes opérations?

 

Le business case du développement durable est bien établi : on peut créer de la valeur par la durabilité en intégrant les ODD tout au long de la chaîne de valeur.

– Les entreprises restent rentables et peuvent même améliorer leurs performances financières.

– Elles peuvent développer de nouveaux segments de marché.

– En stimulant l’innovation, elles améliorent leur compétitivité et leur efficacité opérationnelle.

– Elles réduisent les coûts d’exploitation en faisant affaires avec des fournisseurs locaux dans un circuit court, limitant les risques d’approvisionnement.

– Elles renforcent leur marque et leur notoriété face aux clients qui demandent de plus en plus des entreprises engagées.

– Elles favorisent l’attractivité et la rétention de la main d’œuvre.  

– Elles répondent aux enjeux de société et d’environnement de la planète. 

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Comment s'adapter à ce qui s'en vient inévitablement avec les dérèglements climatiques pour que notre entreprise survive?

« L’humain est une drôle de bibitte qui a dû évoluer pour ne pas se faire dévorer par les lions et les loups, rappelle le coach, qui est un peu philosophe à ses heures. Il a fallu s’adapter. Aujourd’hui, on est devant un nouveau cycle à dépasser. Il faut changer nos façons de faire, maintenant. » 

Les dérèglements climatiques sont évidents : il y aura de moins en moins de neige au Québec, les industries touristiques doivent s’adapter. Il va falloir évacuer des entreprises avec les feux de forêt et les inondations qui s’annoncent récurrentes. Les pandémies risquent de se multiplier, et avec elles, les transformations des milieux de travail. « Crises géopolitiques, écologiques, économiques : ceux qui seront capables de se projeter, de planifier, d’organiser, seront les vainqueurs. »

Les ODD ne sont pas une mode : ils sont là pour s’adapter à ce qui s’en vient. « La question n’est plus de savoir où l’entreprise sera dans dix ans, mais sera-t-elle encore en vie dans dix ans si elle ne fait rien? », soulève Jean Martel, le sourcil levé.

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.