L’hôpital est malade | «Notre mandat est d’offrir des services rapides et de qualité» – une propriétaire de clinique privée

11 janvier 2022

Alors que le réseau public de la santé, affaibli depuis des années, continue de s’étioler avec une pandémie qui n’en finit plus, les cliniques médicales privées prennent une partie de la charge de travail sur leurs épaules. En marge du débat sur l’égalité d’accès et la gratuité de ce service essentiel, elles continuent de soigner les Québécois. Comment ces entreprises privées traversent-elles la tempête ? Nous en avons parlé avec la docteure Marie Andrée LeBlanc, médecin de famille et propriétaire de la Clinique LeBlanc Savaria de Blainville, Laval et Mont-Tremblant.

À l’orée de la nouvelle année, ce sont plus de 50 000 travailleurs de la santé qui sont absents, selon le ministre québécois de la Santé et des Services sociaux. Parmi eux, 20 000 infectés et autant qui sont exténués. Le nombre d’hospitalisations est en hausse depuis la mi-décembre 2021 avec la présence du variant Omicron et le délestage est à un niveau effrayant. L’hôpital déborde ou, comme disait Sol il y a déjà plusieurs décennies, l’hôpital est malade. Comment soigner dans la tourmente actuelle ? L’heure n’est pas aux tergiversations entre privé et public. Les cliniques médicales privées aident à garder le navire à flot.

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© Yan Bleney

Pour les p’tits bobos : innover et soulager le système

« Dès le printemps 2020, le service de télémédecine a pris une ampleur considérable, explique la Dre LeBlanc. C’est une fonction qui existait déjà, mais elle est devenue essentielle pour éviter les déplacements et la contagion. Quand tout a commencé, les gens restaient chez eux, en mode panique : pendant trois mois, il y a eu une chute drastique de l’achalandage. Sauf que les problèmes de santé ont pris de l’ampleur. Il fallait donc trouver une solution pour continuer les consultations. »

Avec la télémédecine, les renouvellements d’ordonnance se font plus simplement, ainsi que plusieurs soins qui ne nécessitent pas d’examen physique : « Les rhumes et grippes, problèmes ponctuels légers, les suivis de médecine familiale et les cas bénins de COVID peuvent être traités à la maison sans passer par l’hôpital », explique-t-elle. 

Certes, l’engorgement du système public n’est pas nouveau, mais il faut laisser la voie libre aux vraies urgences. « La moitié de nos clients ont un médecin de famille, mais ils ne sont tout simplement pas capables de le voir quand ils en ont besoin ! » Sans compter ceux qui n’en ont pas… Au Québec, le délai d’attente moyen avant d’être pris en charge par un médecin de famille est de près de 600 jours, et plus de quatre ans à Montréal, selon l’étude des crédits de 2021. « Nous offrons un rendez-vous dans les 48 heures », souligne l’entrepreneure.

Des services spécialisés plus rapides

Pour voir un des 25 types de spécialistes (psychologues, dermatologues, gastro-entérologues, pneumologues, oncologues, etc.), les listes d’attente sont longues dans le secteur public, de l’ordre de 324 jours, d’après les plus récentes données du ministère de la Santé et des Services sociaux. Il y aurait actuellement près de 600 000 requêtes en attente. 

Or, les cliniques privées regroupent des médecins généralistes et spécialistes, du personnel infirmier, et souvent des annexes pour réaliser certains examens, comme un laboratoire pour les analyses de sang. Chez Leblanc Savaria, il y a aussi un service de gynécologie et d’obstétrique, de dépistage de la COVID-19, et de psychologie pour enfants et adultes, entre autres. « La santé mentale constitue 20 % de nos services. En ce moment, l’anxiété est latente ; on ne voit que la pointe de l’iceberg. Les gens sont en mode résilience, mais ils sont épuisés. Cette part de notre travail va exploser dans un avenir très proche, et il va falloir répondre présent, tout de suite ».

En travaillant en collaboration, l’accessibilité aux soins est améliorée. « Cela nous permet de devancer le système et d’offrir des services plus rapidement. Comme n’importe quelle entreprise, nous entretenons des relations d’affaires avec nos partenaires. On peut accélérer les scans ou les échographies, et ne pas avoir à refaire des examens qui sont périmés quand les délais sont trop longs ». 

Le délestage actuel dans les hôpitaux induit le report de rendez-vous et de chirurgies mineures, considérées non urgentes. En pleine crise, le Gouvernement du Québec a conclu des ententes de deux ans avec les cliniques privées pour qu’elles s’acquittent de ces interventions, ont expliqué les journalistes Daniel Boily, David Gentile et Thomas Gerbet dans deux articles parus sur le site web de Radio-Canada en février 2021 et janvier 2022.

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Réhumaniser les soins

« Notre mandat est d’offrir des services rapides et efficients, des soins empathiques et de qualité. C’est pour cela que les patients sont prêts à payer ». La Dre LeBlanc a œuvré dans le public quelques années comme médecin de famille et urgentologue avant de se tourner vers le privé. « J’ai vu de grosses lacunes, ça fait un moment que le système ne va pas bien, et les conditions de travail sont déplorables. » Marie Andrée LeBlanc milite pour une médecine humaine, préventive et holistique.

 Depuis 2009, elle est à la tête de trois succursales à Blainville, Mont-Tremblant et Laval. Quinze médecins et cinq infirmières prennent en charge 30 000 patients. « Les bonnes secrétaires médicales, ça ne s’invente pas, elles sont précieuses ! Sans elles, il n’y a pas de rendez-vous, elles sont aussi essentielles que notre personnel infirmier ».

Quel est le défi du jour ? « Le personnel. S’il y en a qui manque à l’appel, tout peut s’écrouler ». La pandémie fait déborder le vase. Elle fragilise le socle déjà instable sur lequel dansent, désarticulés et fatigués, infirmières et infirmiers, médecins et préposés, au public comme au privé. 

Comment dérouiller un système à deux vitesses et assurer un mariage plus serein ? Pour certains, comme la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, une organisation syndicale de 75 000 membres, la solution réside dans le public, à cent pour cent. Pour d’autres, c’est le privé qui assure la qualité et la rapidité des soins. Et il y a des avenues tierces, comme subventionner le privé pour alléger les coûts. Dans tous les cas, l’accessibilité des soins, leur efficience et leur universalité restent primordiales. Chose certaine, il faut se tenir debout dans l’urgence, main dans la main.

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.