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L’Éducation au Québec : redéfinir la réussite ?

Isabelle Naessens

6 mars 2023

6 minutes

L’éducation, pilier de la société, est restée le parent pauvre des actions gouvernementales pendant des années. Il faut dire que les jeunes ne payent pas d’impôts et ne votent pas… Parlons éducation, une action citoyenne récemment formée, est l’occasion pour chacun de dire son mot. Des forums de discussion se tiendront dans 18 villes du Québec du 10 mars au 3 juin.

« La première grande priorité, c’est l’éducation, l’avenir de la nation québécoise ! » Vous souvenez-vous de ce discours? C’était il y a cinq ans. Et « la priorité des priorités, ça doit rester l’éducation » ? C’était lors des réélections à l’automne. Des investissements de près de 220 millions de dollars sont prévus, d’ici 2027. Est-ce que les avenues choisies seront les bonnes? Comment remettre l’Éducation à sa juste place?

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La vétusté de nos écoles au Québec, surtout dans les régions

Un constat décevant

Le constat actuel sur le terrain reflète tristement la négligence et l’apathie collective : vétusté des bâtiments (ventilation inadéquate et moisissures, manque d’entretien et d’infrastructures de base), la pénurie d’enseignants qualifiés, accompagnés et valorisés, (sachant en plus que 40 % des professeurs quitteront le réseau d’ici 2030), la rétention du personnel (une statistique récente montre que 30 % des enseignants abandonnent avant même d’avoir cinq années d’expérience), la problématique des enseignants « non légalement qualifiés » en renfort, le manque de spécialistes, la bureaucratie et la rigidité paralysantes, les compressions arbitraires, la ségrégation scolaire d’un système à trois vitesses (public, privé et à vocation particulière), les taux d’échec, démotivation et décrochage scolaire… La liste est longue.

  • 56 % des garçons se rendent au cégep, contre 75 % des filles
  • Plus du quart des élèves sont considérés comme « en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage »
  • Taux de diplomation au secondaire le plus faible au Canada

Les chiffres disent en réalité bien peu. Les problèmes d’apprentissage et de motivation sous-tendent aussi des enjeux plus larges, d’envergure sociétale.

Enjeux de société

Le problème de l’éducation, c’est aussi notre problème ! Celui des parents et celui de la société. Ne dit-on pas que l’école commence à la maison, et qu’il faut tout un village pour élever un enfant ?

On a sanctifié le travail, l’anxiété de performance dans le tapis pour courir après la job à 100 000. Alors on droppe nos enfants entre les quatre murs de l’école, entre 6 heures et 18 heures, en remerciant le service de garde. On laisse aux écoles une grande place pour élever nos enfants… Sarah Wilson, une autrice engagée dans les problèmes de santé mentale, explique que nous sommes tous « surstimulés en permanence ; nous sommes l’image même de l’efficacité et du dynamisme, toujours en mouvement, toujours en train de faire ». Tout le monde « court après sa queue »!

On a aussi laissé les écrans envahir les maisonnées. Les spécialistes constatent d’ailleurs une hausse des troubles de langage avec les écrans qui ont pris la place des parents.

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On a érigé l'enfant-roi qui règne en maître sur nos décisions!

On a érigé des principes d’éducation positive peu encourageants, laissant le système se charger de l’arrivée à bon port de nos chérubins. Témoignage de professeur : « Ceux qui nous contactent le plus sont les parents-rois, qui croient que tout leur est dû et, surtout, que leur enfant ne peut rien faire de mal. Comme son parent l’excuse, l’enfant se croit maintenant tout permis (…) Tout est trop facile. Et quand on échoue, on passe pareil. (…) On l’envoie au niveau supérieur en souhaitant qu’il se mobilise. Pour compenser, on lui donne des cours d’appoint. » Il y a donc tous ces élèves qui « passent » année après année sans maîtriser la matière, pour ne pas faire mal paraître les commissions scolaires, les directions d’école et les profs…

Tragédie personnelle, et collective. La société québécoise s’est amollie, et a perdu son rôle de transmission des valeurs qui permettait non seulement d’élever mais aussi d’éduquer nos enfants.

Revoir la pédagogie?

Certains diront qu’il faut remettre l’école à sa place d’avant, et enseigner plus. Qu’est-ce que la réussite scolaire? Quelle est véritablement la mission de l’école? Pour répondre aux enjeux actuels, le gouvernement a haussé le salaire des enseignants à l’entrée de la profession et a lancé plusieurs projets de construction et de rénovation d’écoles mais qu’en est-il de la pédagogie, de l’apprentissage, de l’enseignement?

Faire de nos élèves des chiens savants n’est pas forcément le meilleur remède, car on oublie alors le rôle de la pensée critique, de l’art, de la nature, du sport, du développement personnel, de la gestion des émotions et de la santé, et de tout ce qui devrait contribuer à faire grandir nos petits humains afin qu’ils deviennent des adultes accomplis, conscients, responsables et heureux. Le savoir-faire et le savoir-être, comme éléments constitutifs fondamentaux, a une place très grande à prendre, à l’école, comme à la maison.

Pour Albert Einstein, « le rôle essentiel de l’enseignant est d’éveiller la joie de travailler et de connaître ». Au-delà de la théorie de la relativité, le génie avait compris bien des choses essentielles. Dans un monde qui sans nul doute se complexifie, le plaisir d’apprendre, échappé quelque part entre les craques du plancher, doit lui aussi revenir sur les bancs d’école. Un cercle vertueux, qui remettrait le professeur et l’élève à leur place respective.

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L'école autrement : retrouver le plaisir d'apprendre
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Prendre la parole pour changer les choses, c'est possible. Inscrivez-vous à Parlons Éducation!

Parlons éducation

Qui de mieux placer que les élèves, les profs et les parents pour parler éducation? C’est l’occasion d’être entendu pour créer l’avenir de l’éducation au Québec. Les forums débutent cette semaine, jusqu’en juin. Vous pouvez vous inscrire ici et vérifier les dates selon votre lieu de résidence. Vous y êtes invité.

L’initiative est le fait de quatre mouvements : Debout pour l’école !, École ensemble, Je protège mon école publique et le Mouvement pour une école moderne et ouverte.

« On trouve qu’il y a une somme incroyable de problèmes dans le réseau public d’éducation et qu’il y a une inertie gouvernementale depuis très longtemps. On a passé 16 ministres de l’Éducation en 20 ans pour un service aussi important.

Dans chaque ville où un forum Parlons Éducation sera organisé, cinq thèmes seront abordés :

  • repenser la mission de l’école
  • construire un système d’éducation équitable pour tous les élèves
  • encourager l’inclusion sociale et culturelle
  • valoriser les compétences professionnelles du personnel scolaire
  • démocratiser le système scolaire québécois

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.