Le futur du Québec Inc. passe par le repreneuriat

Séries: Repreneuriat

14 mai 2021

L’entrepreneuriat au Québec aura de nouveaux visages dans les prochaines décennies. La vague de la relève va soulever les jeunes. Si reprendre une entreprise est profitable à bien des égards, les défis du transfert vont au-delà de la simple transaction. Démystification du sujet avec Louise Cadieux, chercheuse spécialiste de la reprise entrepreneuriale à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), et coauteure de Génération Entrepreneurs – Pérenniser le Québec inc.

« Le défi, c’est d’aller chercher les jeunes! »

D’ici 2022, près de 6% des entreprises québécoises, soit 15 000 d’entre elles, ont l’intention de transférer à très court terme, selon les données 2020 de Statistiques Canada. La pandémie a accéléré ce phénomène, qui a doublé. Louise Cadieux, professeure titulaire au département de management de l’école de gestion de l’UQTR précise: « Le défi actuel, c’est d’attirer les jeunes qui ne connaissent pas suffisamment cette option ».

Selon l’évaluation du Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ), le nombre grimperait plutôt à 37 000 si l’on prend en compte le fameux papy-boom. La vague démographique rattrape les propriétaires fondateurs qui vieillissent. Louise Cadieux clarifie : « Les entreprises à la recherche de relève ne sont pas forcément celles qui sont à bout de souffle. Un propriétaire dans la soixantaine qui a vu son chiffre d’affaires décupler pendant la pandémie est aussi prêt à vendre ». Parmi les secteurs d’activités le plus en renouvellement actuellement, il y a l’agriculture, la restauration, l’hébergement, le tourisme, les commerces de détail et le manufacturier.

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Reprendre une entreprise au lieu de la liquider, c’est un peu comme la recycler », présentait Jessica Grenier, une des co-auteurs de Génération Entrepreneurs – Pérenniser le Québec inc. lors d’un panel d’Expo-Entrepreneurs 2021.

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Reprendre, c’est parfois mieux!

La fibre entrepreneuriale, le goût du risque, la créativité et l’engagement sont parmi les aptitudes requises pour l’entrepreneuriat sous toutes ses formes. Le rachat d’une société n’y échappe pas. La reprise d’une entreprise existante est un gage de succès en soi : le taux de survie est plus élevé que pour les créations d’entreprises.

« Reprendre une entreprise, c’est aussi entreprendre!, souligne Mme Cadieux. Il y a moins de risques que de démarrer à partir d’une simple idée sans savoir si elle est réalisable ou comment le marché réagira. Le repreneur achète un nom et une réputation. Il acquiert une société établie, il n’a pas besoin d’aller chercher des clients, de faire son développement de marché. Pour les institutions financières, il y a aussi en général une belle garantie d’actifs, notamment avec le local et les équipements. ». La qualité du projet entrepreneurial est aujourd’hui ce qui prime pour l’accès au financement: le prix de la transaction et comment elle a été modulée, mais aussi des considérations qualitatives comme la clarté de la vision et les perspectives futures du ou des racheteurs, leurs relations, le capital humain à l’intérieur de l’entreprise, la stratégie de différenciation et les opportunités du marché.

Les enjeux sont surtout humains

Outre les enjeux légaux, comptables et fiscaux, les défis de la reprise sont surtout humains, selon l’experte. « En amont, au-delà des négociations, il y a un immense défi de lâcher prise pour le cédant, explique-t-elle. Même s’il est prêt à partir, la charge émotive de passer ce qu’il a bâti au fil des années et de quitter les employés qui l’ont accompagné reste imposante ». Il doit accepter que le repreneur n’est pas sa copie conforme et ne fera pas forcément les choses comme lui.

« C’est probablement une bonne idée pour le fondateur de ne pas fixer une date de départ, le concept du temps est élastique et différent pour chacun », sourit Madame Cadieux. Dans le cadre d’une passation familiale, rajoutons des dynamiques personnelles particulières et savoir que le transfert sera plus long, de 5 à 10 ans peut-être.

La chercheuse estime que la clé de la réussite se trouve dans la qualité de la relation entre le cédant et le repreneur tout au long du processus. « Le fameux bon fit prend ici tout son sens, déclare-t-elle. Il faut avoir envie de travailler ensemble pendant un bon moment et mettre en place un plan de transfert clair. Pérenniser son entreprise, ce n’est pas une ligne droite, c’est très complexe, mais ça en vaut la peine ».

C’est une véritable gestion du changement qui doit s’opérer à plusieurs niveaux. À ce titre, la CTEQ établit un diagnostic et redirige vers d’autres intervenants spécialisés. « La confiance et la transparence sont indispensables pour réussir la transmission des savoirs, ainsi que le succès de la post-reprise », assure-t-elle. Cette ultime phase est souvent négligée en accompagnement alors qu’elle reste fragile et que tout reste à faire.

*Formations : 

Succès-Relève CTEQ 

– les HEC et Universités (notamment Trois-Rivières et Sherbrooke)

– les Services d’aide aux entreprises (SAE) des Commissions scolaires

École d’entrepreneurship de Beauce

École d’entrepreneuriat de Québec

Agence Oria

*Où trouver des entreprises à vendre?

Index CTEQ

– Courtiers d’entreprises dédiés à la vente d’entreprises

– Institutions financières

– Réseaux d’affaires

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.