Jacob, Isa et le Mixbus Studio | Pas de blues pour des businessmen heureux

8 février 2022

Claude Dubois en aurait des chills partout dans le dos. Jacob Pomerleau n’a pas perdu le sens de l’humour depuis qu’il a le sens des affaires. Le businessman est heureux. Ses cheveux longs, parfois roses, parfois verts, ses petits yeux cernés et son sourire honnête flanqué d’une stache suave à la Tom Selleck, font de lui un entrepreneur pop punk dans l’air du temps. Sa jolie blonde Isabelle Langlois, qui l’a rejoint dans le projet, peut aussi dire j’ai réussi et j’en suis fière. Le duo mélomane vit d’amour et de bière fraîche, au gré des festivals qui rythment le Québec estival. Dans leur studio nomade ou sur le toit de leur bus revampé en scène mobile, le Mixbus Studio refait le monde de la musique, un live à la fois. Parké au Manoir Maplewood, il vient même de se faire consacrer par les célébrités de Star Académie.

Cette industrie a, comme tant d’autres, subi de plein fouet la valse lente des restrictions sanitaires, en mode stop-and-go. « En plus d’être un casse-tête logistique, une salle à 50 % de capacité fonctionne à perte », peut-on lire dans la plus récente lettre d’un collectif du secteur culturel adressée au premier ministre. « Nous assistons à une vague d’annulations sans précédent (…) D’ailleurs, une conséquence prévisible mais regrettable de la situation actuelle sera l’accentuation de la pénurie de main-d’œuvre et d’expertise dans notre milieu. Qui veut encore travailler dans une industrie aussi instable aux prises avec des règles toujours changeantes ? » Réponse : le Mixbus Studio.

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Entreprendre autrement et rêver mieux

De la bouette collée sous les Doc, des piqûres de moustique en rang d’oignon, la voix éraillée et la tête dans un étau… les matins flous succèdent aux levers de soleil précoces qui jouent au chat et à la souris avec les dernières flammes d’un feu de camp improvisé. The life ! C’est un peu (souvent) l’univers de Jacob et Isabelle, jeunes trentenaires à la tête pourtant bien vissée sur les épaules, porteurs d’un projet qui souffle sur les ailes des artistes émergents, et ravive la lueur dans les yeux des artistes consacrés, des promoteurs de spectacles et des organisateurs d’événements culturels. 

Hubert Lenoir s’est prêté au jeu, tout comme Philippe Brach et Safia Nolin, pour ne nommer que ceux-là. Au fond d’un bus revampé insonorisé, planté là le temps d’un festival, se cache un studio multifonctionnel top notch dans lequel ils se sont rejoints entre chums pour jammer. Il y a tout ce qu’il faut : instruments, matériel audio de qualité, les plus récents logiciels de production musicale, un espace de mix sonorisé. Pour les artistes émergents, c’est un enregistrement de qualité à moindre coût, et pour les autres, un vent de fraîcheur! Enregistrement de chansons, d’albums et de vidéos live session, le Mixbus Studio fait même dans la post-production ainsi que le mixage d’albums et de podcasts. 

Jacob, créatif sonore, producteur, multi-instrumentiste, a réalisé son rêve d’allier sa passion pour la musique à celle du voyage, des rencontres et de la spontanéité. Avec son paternel et des copains, il a acheté et revampé un autobus scolaire en 2017. Il y enregistrait son album cet hiver-là, entre le poêle à bois et les chaudrons. Dès 2018, il sillonnait le Québec comme un escargot avec sa maison et son gagne-pain accrochés sur le dos. Financièrement soutenu par la Société de développement économique de sa région, il a fait une première tournée exploratoire d’une trentaine de festivals, attirant les regards sur sa joyeuse installation insolite. C’était l’été expérimental des premiers live sessions

S’adapter au gré du vent

En 2019, une rencontre fortuite (c’est toujours les meilleures) amène le Mixbus Studio encore plus loin. À l’offre de création, s’ajoute une offre de diffusion : « C’est encore plus d’enregistrements et de festivals, mais aussi des shows sur le rooftop pour des artistes en performance ou pour faire des DJ sets malades. On crée des moments magiques, tellement rassembleurs », lance Isabelle, une autre cool kid, qui a croisé le chemin de Jacob et est devenue sa co-pilote. 

Elle aussi est une trippeuse à l’effigie de cette génération qui voit l’entreprise comme un projet de vie. Le duo s’inspire de Timothy Ferriss et sa semaine de 4 heures, du mouvement nomade Go Van et du studio mobile des Rolling Stones. « C’est génial, on sème la magie partout où on passe ! Ce travail, c’est des heures qu’on ne compte pas, mais y’a aucun sacrifice. C’est un mode de vie en soi ; il y a un nom pour ça : le skoolie ».

Autodidactes, les jeunes entrepreneurs, qui suivent la route que l’école de la vie trace pour eux, n’ont pas vraiment de structure stricte établie. « C’est l’fun de toujours s’adapter, clame Isabelle. C’est justement ça la beauté de la chose, on n’est pas pris dans un carcan ». La jeune femme, rédactrice culturelle et recherchiste pour la télévision, a pris le volant du bus et les rênes de la communication de l’entreprise, pendant que son chum dirige la console. « On apprend sur le tas aussi. Je viens de refaire le site web, merci Google ! » Elle touche à tout, de la coordination des événements à la gestion des réseaux sociaux, le booking, la photographie et la vidéo pour monter des clips.

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« Et puis, il y a les rencontres spontanées avec les bonnes personnes au bon moment. Des collaborateurs vraiment hot dans leur domaine nous ont approchés, on est tellement chanceux ». Des pigistes viennent se greffer aux projets en technique de scène, en vidéo, réalisation et production.

La pandémie, les jeunes et les aînés

« Avec la pandémie, tout est tombé à l’eau, alors on a saisi les opportunités pour continuer à être dans l’action, affirme Isabelle. En 2020, on a acheté et aménagé un nouveau bus, plus grand, avec une scène de 30 pieds de long, pour faire des spectacles qui répondent aux consignes sanitaires avec des artistes en distanciation sociale ». 

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En solidarité avec les festivals annulés, et avec le soutien de la SODEC, le Mixbus a trouvé une façon de consommer numériquement la culture en réalisant une série de concerts extérieurs en mode pop-up sur sa scène mobile devant des spectateurs en présentiel dans des lieux inspirants des quatre coins de la province. Six spectacles uniques qu’il a webdiffusé gratuitement en direct sur la page Facebook d’Urbania et des festivals partenaires : La Noce, le Festival d’art urbain MURAL, le Festival en Chanson de Petite-Vallée, Go-Van, le Festival BleuBleu et le Festival de la solidarité musicale. « Ça nous a ouvert les yeux sur le volet événementiel et la promotion des artistes ».

Avec ses installations interactives, en mode fixe ou déambulatoire, le Mixbus séduit tout le monde, jusqu’aux résidences pour personnes âgées. « Pour moi, l’entrepreneuriat, c’est la quête infinie d’accomplissements et de défis sociaux et personnels, dit Jacob. Il n’y a pas de problème, juste des solutions ! » Et Isabelle de renchérir : « On était inspirés par les Italiens qui jouaient du violon sur leur balcon. Nous, on a un balcon roulant ! Alors j’ai contacté la résidence de ma grand-mère, et on a organisé des spectacles pour 35 résidences de leur groupe. » 

En 2020, le Mixbus Studio remportait le prix Oser Innover du MTLab. En 2021, les entrepreneurs étaient finalistes des Grands Prix de la relève d’affaires de la RJCCQ.

Un troisième autobus-scène voyait le jour. La trôlée de bus se rapprochait même des bancs d’école qu’ils avaient connus en réalisant une tournée des CPE avec Atchoum, et des écoles secondaires, dans le cadre des Rendez-vous panquébécois de Secondaire en spectacles annulés, faute de pouvoir se produire en salle. Les municipalités sont aussi devenues des clients pour des spectacles dans les rues.

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En tout, cette année-là, il y a eu près d’une centaine de jours de shows et 34 live sessions. Laurence Anne, Matt Hullobusky, Louis-Jean Cormier, Sarahmée, Elisapie et Émile Bilodeau ont fait vibrer le Mixbus studio. « Notre but, c’est que la musique voyage partout au Québec, que les bands puissent diffuser leur musique et que les gens se rassemblent et profitent de la culture. »

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Vivre le moment présent et penser au futur

2022 commence sur les chapeaux de roue avec l’enregistrement de la chanson thème de Star Académie, une belle façon pour Jacob de renouer avec son premier amour, les artistes émergents. Et l’occasion aussi pour le Mixbus de charmer le grand public. Isabelle vient par ailleurs de faire une présentation à titre de finaliste pour les bourses d’honneur du ministère de l’Économie et de l’Innovation, ce qui témoigne du succès de l’entreprise.

Et pour l’avenir justement, les deux entrepreneurs sont prêts à se lancer dans la réalité virtuelle, pour que tout le monde puisse aller à la rencontre des communautés, des territoires et des artistes.

« Nous souhaitons capter des prestations musicales sur les sites en 360 degrés. Il s’agit de créer un parcours de capsules vidéo des shows à expérimenter de façon intime, comme si le band était autour de toi, avec un simple code QR que tu peux scanner en passant sur le site du festival ou dans le centre-ville ou ça a été enregistré, explique Isabelle. En fait, l’idée maintenant, c’est de sortir le contenu numérique dehors. »

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.