Indice entrepreneurial québécois 2021 : les femmes et les immigrants sauvent la mise

31 mars 2022

La période des bilans 2021 bat son plein. Alors que le Canada vient de présenter l’état des lieux de l’entrepreneuriat féminin et qu’Investissement Québec a lancé la boîte à outils Factorielle pour soutenir la parité et de la diversité en entreprise, le Réseau Mentorat dévoile ce jeudi un indice entrepreneurial québécois qui fait la part belle aux femmes et aux immigrants. Avec près de 20 000 répondants cette année, le sondage est loin des simples impressions. Voici ce qu’il a révélé.

« Présenter l’indice entrepreneurial en virtuel pour une troisième fois, ça veut tout dire », a annoncé d’emblée Rina Marchand, co-autrice et directrice principale des contenus et de l’innovation chez Réseau Mentorat. « Mais en dépit de la pandémie qui a laissé ses marques sur l’entrepreneuriat, le Québec a eu une croissance exceptionnelle de 6,3 % », a nuancé avec fierté la ministre déléguée à l’Économie, Lucie Lecours. Le dévoilement de l’indice s’est fait sur des notes encourageantes.

Baisse des intentions d’entreprendre amortie 

La baisse généralisée des intentions et des démarches d’entreprendre était prévisible avec la crise sanitaire. La pénurie de main-d’œuvre et le vieillissement de la population (signifiant le retrait progressif mais massif des baby-boomers), l’expliquent également. Ceci dit, la chute a été amortie par les femmes et les immigrants, qui semblent avoir été moins frileux à mettre la pédale sur le frein :

 

  • Intentions d’entreprendre : – 8,6 % chez les hommes, et – 2,4 % chez les femmes 

 

  • Démarches d’entreprendre : – 3,8 % chez les hommes, et – 1,3 % chez les femmes

 

  • Intentions d’entreprendre : 8,6 % chez les immigrants, et 4,6 % chez les natifs

 

  • Démarches d’entreprendre : 64 % chez les immigrants, 35% chez les natifs

Le meilleur moment au Québec pour les entrepreneurs de la diversité

Les immigrants viennent en aide au Québec pour son futur entrepreneurial. Leur grande capacité de résilience vient compenser la timidité générale en ces temps moroses. Les immigrants ont démontré deux fois plus d’intentions d’entreprendre que les natifs, et ce sont eux qui ont également le plus pivoté et innové, selon Isabelle Savard, vice-présidente, stratégie et efficacité des ventes à la Banque Nationale.

En voie d’atteindre la parité

Un des chiffres les plus réjouissants dévoilés par l’indice entrepreneurial québécois 2021 est l’évolution marquée au niveau de la propriété féminine des entreprises : 65 % des nouvelles entreprises sont féminines. C’est un peu plus du deux-tiers, ce qui fait dire fièrement à la ministre déléguée à l’Économie que « le Québec est en voie vers la parité ». 

Les efforts du gouvernement et des institutions semblent porter fruit. « On part de loin. On a mis en place des programmes, des outils et des collaborations pour soutenir les groupes sous-représentés et être nous-mêmes le reflet de l’écosystème et de notre clientèle. On a aussi investi dans la formation, les incubateurs et accélérateurs qui prônent la diversité, ainsi que  les fondations et organismes qui offrent des micro-crédits en vue de l’autonomisation des femmes », a assuré Isabelle Savard.

HenkelMedia.com
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Parler de neurodiversité 

Pour la première fois, l’indice a inclus l’aspect de la neurodiversité des entrepreneurs, ce qui réjouit Luis Cisneros, directeur académique de la base entrepreneuriale HEC Montréal. « Il y a tellement d’entrepreneurs qui sont différents ! Pensez à Bill Gates,  Steve Jobs ou même à Dominique Gagnon plus près de chez nous. Les personnes qui ont des TDAH, des syndromes d’Asperger, de la cyclothymie, peu importe, sont des créatifs, des passionnés, qui perçoivent leur environnement autrement, plus positivement. Outside the box ? Ils ne voient même pas la boîte ! » 

Selon les premiers résultats (qui n’incluent pas tous ceux qui ne savent pas eux-mêmes qu’ils le sont), les propriétaires neuro-atypiques seraient deux fois plus nombreux que les personnes qui ne sont pas dans le processus entrepreneurial.

Assurer de concrétiser les intentions 

Toujours selon Luis Cisneros,  le Québec est sur la bonne voie pour avoir un écosystème diversifié et inclusif. « Ceci dit, il faut aider les jeunes et les immigrants, qui sont notre réserve entrepreneuriale, à parvenir à la propriété d’entreprise, car il existe encore plusieurs obstacles avant d’y arriver, ce qui pourrait ternir les chiffres positifs reliés aux intentions et aux démarches d’entreprendre ». 

Pierre Duhamel, directeur général de Réseau Mentorat, a appuyé cette affirmation et enjoint de rester précautionneux : « C’est au Québec où le passage des intentions aux actions est le plus lent et le plus difficile au pays ». Il a parlé de l’importance du mentorat et de l’accompagnement des entrepreneurs à divers niveaux, soutenu dans ses chiffres par Christian Bourque, vice-président exécutif chez Léger Marketing : « Nous sondons l’état de la santé mentale depuis mars 2020. À deux ans près exactement, on peut dire que la nation est ébranlée collectivement et qu’il faut particulièrement soutenir nos jeunes ; on estime que la génération Y et Z souffre à 57 % d’anxiété financière. Et l’avenir de notre pays, c’est eux ».

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.