Immobilier : un marché loin de s’essouffler

1 mars 2021

S’il est un secteur que la pandémie a épargné, c’est celui de l’immobilier. Au Québec, le marché a été propulsé avec des records de ventes et de prix en 2020. Et il ne semble pas près de s’essouffler. Entretien avec Marie-Catherine Jetté, propriétaire d’agence, formatrice et courtière, au sujet des récents soubresauts d’une industrie qui s’est ajustée pour mieux poursuivre dans sa lancée.

Un marché en feu et déséquilibré 

« La flambée des prix et le phénomène des offres multiples, qui avaient commencé à se faire sentir dans le monde immobilier à la fin de 2019, se sont emballés en 2020. Et la folie se poursuit », avance Marie-Catherine Jetté, qui dirige l’agence immobilière Triomphe sur la Rive-Sud, une franchise indépendante et autonome sous la bannière de Royal LePage. « On pensait pourtant que l’insécurité liée à la Covid-19 allait rendre les acheteurs plus frileux, mais les sondages montrent clairement que l’intention d’acheter est à la hausse ». La croissance continue de la demande combinée à la faiblesse de l’offre déséquilibre complètement le marché.

L’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) a souligné les records historiques de 2020: « une augmentation de 19% par rapport à 2019 ». L’année présente s’annonce similaire. Un nouveau record sur le nombre de ventes immobilières au pays en janvier 2021 (35% de plus qu’à pareille date l’année dernière) vient d’être publié par l’Association canadienne de l’Immeuble (ACI).

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Pour la province, c’est déjà 23% plus de ventes (tableau à gauche). « L’accroissement continu des ventes est annoncé par plusieurs: au minimum 5% à 7% de plus qu’en 2020 selon certains experts, et jusqu’à 20% selon Desjardins », se réjouit Mme Jetté. Elle confirme par ailleurs que « les facteurs qui permettraient de dire qu’on est en présence d’une bulle passagère ne sont pas présents ».

Des solutions pour s’adapter au marché

Le marché de l’immobilier profite actuellement aux vendeurs. Mais pour donner une chance aux acheteurs potentiels, les courtiers condensent les visites aux demi-heures depuis la réouverture fin mai, et même aux quinze minutes, sur une période d’une fin de semaine ou de quelques jours. Ils présentent ensuite toutes les offres en même temps au vendeur (c’est le principe des offres multiples).

« Les règles du courtage ne sont pas adaptées à cette situation », soulève Mme Jetté. « Ce que font les courtiers en ce moment, de façon presque généralisée, est toléré. Ils laissent la chance à davantage de clients de visiter et de faire une offre. Un plus grand nombre d’acheteurs peuvent entrer dans la compétition ». Le couvre-feu est venu ajouter un défi supplémentaire et certains se sont montrés futés: « à Montréal, il y a des courtiers qui payent des chambres d’hôtel à leurs clients pendant les visites de fins de semaine! » partage Mme Jetté.

Motiver ses troupes pour gérer le stress de l’hypercroissance

Le marché des offres multiples, qui induit naturellement le phénomène de surenchère, est anxiogène pour tous les acteurs impliqués. « On peut s’estimer heureux d’obtenir une plage horaire de visite pour son client et il aura seulement 20 minutes pour évaluer la propriété. Dans les conditions actuelles, il n’y a plus de prix plafond, alors comment conseiller judicieusement son client pour que son offre soit acceptée, sachant qu’il y en a plusieurs en même temps et qu’elles sont inconnues? Ce n’est pas évident à gérer », confie celle qui gère et forme 130 courtiers. « J’ai des rencontres Zoom, six à sept par jour, pour les aiguiller et les motiver. Mes formations, qui rejoignaient une quinzaine de courtiers, sont maintenant remplies avec un auditoire allant jusqu’à quarante personnes. Je les laisse davantage échanger entre eux aussi, je sens qu’ils ont besoin de partager, d’évacuer le stress, de trouver des solutions et de s’encourager ».

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Machine qui roule et qui amasse mousse 

Du côté de l’agence Triomphe, la roue tourne ! « Les bureaux sont fermés et mes employés, en télétravail, en font plus sans être constamment dérangés. La centrale d’appel en externe, elle, ne dérougit certainement pas ! », affirme la propriétaire. La femme d’affaires, dont l’agence vient d’être nommée agence de l’année par sa bannière, pour son leadership, sa croissance et son recrutement, a annoncé fièrement : « j’ai engagé plus de courtiers. D’habitude, au premier trimestre, j’en recrute huit ou neuf. En un mois et demi seulement, j’en ai déjà 20 ! ». Un beau clin d’œil au succès du marché actuel.

Les facteurs du déséquilibre

Marie-Catherine Jetté explique les facteurs qui induisent un déséquilibre dans le marché actuel :

  • Déclencheur intrinsèquement lié à la pandémie, le télétravail à 100% vide les centres-villes et stimule l’achat de propriétés en banlieue, et encore plus en région. C’est l’espoir d’un terrain de jeu plus vaste et plus vert.
  • Augmentation de l’épargne, passée de 5 à 25% selon Statistique Canada. Un revenu disponible significatif pour une belle mise de fonds.
  • Les taux hypothécaires historiquement bas.
  • Les clients potentiels qui envisageaient de déménager dans les prochaines années (souvent des familles qui s’agrandissent), décident d’acheter maintenant avant que le marché des plus grosses maisons devienne inatteignable. Ils voient aussi la hausse de prix des maisons voisines grimper comme une occasion de vendre leur propriété à profit.
  • La nouvelle cohue de locataires qui ne veulent plus se retrouver à la recherche d’un logement parce que leur propriétaire vend l’immeuble dont la valeur a subitement augmenté. Ou qui veulent intégrer le marché avant qu’il ne soit trop tard. Par contre, en tant que nouveaux acheteurs, il leur est difficile d’égaler les offres de propriétaires qui réalisent d’importants gains sur l’équité de leur propriété actuelle.
  • Le nombre important d’aînés qui choisissent de garder leur maison (par crainte des résidences et risques des visites pour leur santé), réduisant davantage l’inventaire de propriétés, une considération notable dans un contexte de vieillissement de la population.
  • Ceux qui cherchent à acheter avant de vendre, pour ne pas se retrouver le bec à l’eau, déséquilibrent aussi le marché.

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.