Grand cercle économique des Peuples autochtones et du Québec | « Ça donne du vent dans les ailes pour décoller »

26 novembre 2021

Élu.es politiques et entrepreneur.es se sont rassemblés à Montréal à l’occasion du Grand cercle économique des Peuples autochtones et du Québec. Lors de conférences, d’ateliers et de panels qui sont proposés les 25 et 26 novembre au Sheraton de Montréal, plusieurs intervenants ont discuté de la participation des gens des Premières Nations dans l’économie du Québec. Ouverture, inclusion et entraide sont certains des mots clés.

Le Grand cercle économique est une occasion pour les communautés d’affaires allochtones de créer des liens qui pourront mener à la réalisation de projets économiques significatifs avec les peuples autochtones. C’est aussi un geste de rapprochement entre deux populations vivant sur un même territoire, le Québec. Évidemment, cette rencontre est également le point de départ d’un mouvement qui valorise une plus grande intégration économique des Autochtones.

Au cours des discussions qui ont eu lieu la première journée, de nombreux thèmes ont été abordés, dont l’implication des femmes dans l’économie, la protection du territoire, l’entrepreneuriat responsable et les alliances dans le milieu des affaires.

La pleine participation

C’est Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec et Labrador, qui a lancé officiellement les échanges : « Ce dont on parlera durant le Grand cercle doit avoir des bénéfices pour toutes les populations de nos communautés. Il n’est pas une finalité, mais le début d’un mouvement pour la pleine participation des peuples autochtones à l’économie du Québec. Bien sûr, il y a eu des progrès et des histoires à succès. Il faut s’en inspirer pour en multiplier d’autres. 

Comme disait Félix Leclerc : » La meilleure façon de tuer un homme c’est de le payer à ne rien faire. » 

HenkelMedia.com
Chef Picard © Chambre de commerce de Québec
HenkelMedia.com
Chef Gilbert Dominique (au centre) © Chambre de commerce de Québec

C’est exactement ce qu’on a voulu faire avec la Loi sur les Indiens, la création des réserves et toutes les politiques coloniales qui ont nourri l’idéologie des gouvernements jusqu’à maintenant. Force est de constater que les politiques d’assimilation ont échoué. Nos peuples sont encore debout, malgré les nombreuses blessures causées par les chapitres sombres de l’histoire canadienne. Là où elles ont réussi, c’est dans la destruction de nos économies et dans la capacité à assurer un développement autonome. Aujourd’hui, je constate que les femmes de nos nations reprennent leur place et que les jeunes sont plus déterminés que jamais à tracer un avenir empreint de fierté. Pour y parvenir, nous avons besoin d’une société prête à s’ouvrir à nous. » 

L’implication des femmes autochtones

Dans un panel présenté en matinée, le chef de la communauté Pekuakamiulnuatsh Takuhikan, Gilbert Dominique, a affirmé que les femmes doivent désormais prendre leur place dans les plans économiques. « C’est pour le bien de nos communautés. Cela laisse entendre une meilleure implication, une meilleure collaboration et une meilleure prise en charge des divers volets de notre économie. J’en conviens, ce n’est pas facile. En fait, le défi est de taille. Mais, la sagesse, l’expérience et l’approche différente des femmes sont indispensables à l’équilibre de nos économies. » 

Outre l’urgence de l’implication des femmes, Gilbert Dominique a souligné la nécessité de briser les vieilles habitudes acquises au fil des décennies. « On nous a encarcanés dans une réserve de 15 kilomètres carrés. C’est impossible d’assurer une économie saine. Nous voulons être partie prenante du développement économique du Québec, car il fera vivre nos familles. 

« Mais, celui-ci doit être en respect de nos valeurs, nos aspirations et nos enjeux culturels et sociaux. Trop souvent, nous sommes évacués des décisions. Trop souvent, nous sommes considérés comme des organismes de pression. Il existe deux nations qui cohabitent sur le territoire. Il faut travailler ensemble, les Premières Nations et la Nation québécoise. Il faut faire preuve d’audace et d’innovation. Il faut délaisser l’approche de la colonisation. » 

La protection du territoire

Dans un autre panel qui réunissait trois cheffes des Premières Nations,, celles-ci ont martelé que la protection du territoire est au centre de leurs préoccupations en ce qui concerne le développement économique. 

« J’ai toujours eu des priorités fortes à propos des enjeux économiques dans les communautés autochtones, a indiqué RoseAnne Archibald, la cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations et des entrepreneurs autochtones. Mais la base de tout patrimoine, de toute richesse est le territoire. Il est très important dans l’économie. Les droits inhérents des peuples autochtones doivent être respectés par les gouvernements du Québec et du Canada. Je pense à l’eau et à la forêt. (…) On n’honore pas toujours la Terre et ses ressources. »

 

HenkelMedia.com
Cheffe Archibald © Chambre de commerce de Québec
HenkelMedia.com
Cheffe Sky-Deer @ Chambre de commerce de Québec

Même son de cloche du côté de la Grande cheffe Kahsennehawe Sky-Deer, du Conseil mohawk de Kahnawá:ke : « Les Autochtones doivent être considérés comme des partenaires par le peuple allochtone. Il faut atteindre la réconciliation économique entre les deux peuples en respectant le territoire. Il faut trouver les bons partenariats, ceux qui respecteront l’esprit autochtone. Heureusement, les gens ont une nouvelle attitude, je crois. Nous ne sommes plus le problème indien. Nous pouvons être des acteurs de l’économie du Québec. L’avenir semble meilleur… » 

« Quand nous parlons de développement économique, il faut respecter les critères qui nous permettent de définir ce qu’est la protection du territoire, a ajouté la Grande cheffe Mandy Gull-Masty, du Grand Conseil des Cris. Aussi, les jeunes disposent de beaucoup plus d’outils et de compétences que nous en avions. Nos jeunes doivent participer à l’industrie et partager ensuite leurs connaissances au sein de nos communautés. Nous avons déjà un portefeuille de projets ayant connu des succès. Je pense à des alliances avec des compagnies des mondes des mines et des pêcheries. Chose certaine, il faut miser sur le développement durable et l’acceptabilité sociale. »

Les alliances entrepreneuriales

Quelques heures plus tard, l’entrepreneure autochtone Mélanie Paul – qui est présidente d’Inukshuk Synergie, d’Akua Nature et cofondatrice de Mocassins et talons hauts – a soutenu que la création de ponts entre les deux nations du Québec est possible, voire bénéfique de part et d’autre. « Mes entreprises sont basées sur des modèles d’affaires qui regroupent les forces de chacun. C’est la clé du succès. Il faut s’ouvrir aux autres. Ainsi, Mocassins et talons hauts profitera d’alliances. Avec l’aide de la femme d’affaires Danièle Henkel, cette entreprise s’engage à créer des maillages entre les femmes autochtones et allochtones. Nous voulons pousser les belles choses qui se font dans les Premières Nations en mettant les femmes à l’avant-scène. 

« Il faut profiter de l’approche holistique des Premières Nations : les valeurs d’inclusion, de communautarisme, de partage, d’entraide et de partenariat. C’est ce qui fait que Mme Henkel et Evol (un organisme avant-gardiste de développement économique) sont notamment interpellés par ce projet. Leur soutien donne du vent dans les ailes pour décoller ! Aujourd’hui, nous avons tout ce qu’il faut au Québec pour construire ensemble un bel avenir. » 

HenkelMedia.com
Mélanie Paul

À propos de l'auteur(e)

À propos de Henkel média