Forum économique mondial de Davos | Vers où l’économie se dirige-t-elle ?

Isabelle Naessens

31 mai 2022

Étonnamment, il y a eu peu de bruit suite à la réunion économique annuelle des grands de ce monde, qui a eu lieu la semaine dernière, du 22 au 26 mai à Davos, au milieu des vaches paisibles, des massifs alpins, au pays du fromage et du chocolat. On y brasse pourtant des affaires importantes, et on y prescrit des remèdes aux maux qui affligent le globe. Mais il faut dire que la clinquante station de ski helvétique reste loin du Québec, et aussi certainement, des réalités sur le terrain… Or, les répercussions sont volatiles : l’Atlantique aura tôt fait de les propager jusque chez nous. On ne peut plus faire l’autruche.

Voici en quelques points ce que l’on peut retenir de cette édition. Après tout, le Forum économique mondial (FEM) fait office de théâtre grandiose où se placent les pions de l’échiquier politique et stratégique de la planète. Une entreprise avertie en vaut deux !

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Un événement majeur

Depuis près de 50 ans, le Forum réunit des dirigeants d’entreprises, des experts, des chefs de gouvernement et des représentants de la société civile pour refaire le monde. À leur façon, certes. Il importe encore plus d’y prêter attention. Rappelons qu’en 2019, la jeune Greta Thunberg avait choisi cette tribune pour organiser sa manifestation hebdomadaire School Strike et secouer les puces de l’élite réunie. Affichant leurs plus beaux costumes flanqués de sourires accrocheurs, les hommes et les femmes d’affaires et d’État avaient écouté. Aujourd’hui, la planète brûle, crache, s’inonde et se désertifie.

Fait notable cette année : Emmanuel Macron et Joe Biden n’ont pas cru nécessaire de se déplacer. Le parti communiste Chinois (serait-ce en raison de sa stratégie zéro-Covid) et les participants économiques et politiques russes ont brillé par leur absence à cette grande messe.

Priorités 

Voici les jolis piliers thématiques sur lesquels se sont penchés les décideurs :

  • Favoriser la coopération mondiale et régionale
  • Assurer la reprise économique, préparer une nouvelle ère de croissance
  • Construire des sociétés saines et équitables
  • Préserver le climat, l’alimentation et les écosystèmes
  • Exploiter la quatrième transformation industrielle technologique

 

Outre l’abysse dans lequel ces mots risquent de plonger avant d’avoir pu se concrétiser, la réalité actuelle sur le globe, soulignée dans le récent rapport de Oxfam, appelle à des actions concrètes et immédiates. Or, les grandes fortunes mondiales, qui sont jusqu’ici sorties indemnes, voire renforcées, de la pandémie, ont un beau terrain de jeu devant elles. Si on peut dire qu’elles ont de quoi célébrer au FEM 2022, du moins, ont-elles les poches suffisamment profondes pour régler quelques affaires, et entreprendre des actions à la hauteur des ambitions qu’elles proclament. Grand bien leur fasse ! Le pouvoir informel des entreprises est ici à son meilleur. L’opportunité de partenariats public-privé profitable à un grand nombre l’est aussi. Comment vont-ils s’y prendre ?

Modèles proposés et impacts chez nous

Entre le fameux (et possiblement inquiétant) Great Reset (ou Grande réinitialisation), proposé par l’économiste allemand, président fondateur du FEM, Klaus Schwab, et d’autres modèles mis de l’avant pour redéfinir nos sociétés et transformer l’économie, bien des cœurs chavirent. 

On sait que la mondialisation s’est organisée vers le moins cher, au prix de dépendances à certaines régions. On sait aussi que la Chine confinée s’essouffle, perturbant les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le FMI recommande de diversifier les importations pour garantir l’approvisionnement. Les flux de capitaux, de personnes, de biens et de services ont accru la productivité, triplant la taille de l’économie mondiale, mais creusant les inégalités. Évitant de parler de « démondialisation », Pamela Coke-Hamilton, la directrice du Centre du commerce international, a parlé de diversification et de relocalisation vers des zones plus proches et moins conflictuelles…

Nous avons donc un choix à faire : céder aux forces de la fragmentation géoéconomique qui donneront naissance à un monde plus pauvre et plus dangereux ; ou redéfinir nos modalités de coopération, de façon à répondre plus efficacement aux défis collectifs – Kristalina Georgieva, directrice du Fonds Monétaire International

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Le contexte 2022 : crises et inflation

« L’histoire à un tournant : politiques gouvernementales et stratégies d’affaires » : voilà le thème de l’édition 2022, qui a été « la plus importante de toute », selon le grand patron. Cela fait deux ans que le meeting en chair et en os était sur pause. Il y a une semaine, il a eu lieu, sur fond d’une pandémie globale qui ne cesse de déstabiliser l’ordre du jour. Le spectre du virus en question rôde toujours, les effets des confinements continuent de secouer les économies et la santé mentale (faut-il mentionner la récente tuerie chez nos voisins du Sud), et une guerre impossible fait rage en Ukraine, sur le plus vieux continent que l’on croyait pourtant stable. C’est d’ailleurs ce dernier événement qui a mobilisé le Forum.

Crises humanitaires, alimentaires, corruption, inflation (choc sur le prix des matières premières, et particulièrement sur les prix alimentaires), endettement, resserrement des politiques monétaires, flambée des prix du pétrole, démocraties menacées par des sociétés de plus en plus polarisées… rien de vraiment nouveau, mais l’intensité semble avoir monté d’un cran, et s’être propagée là où ne l’aurait pas soupçonné auparavant. Le manque de confiance envers les institutions et les décideurs est plus net. Économie, politique et société dansent main dans la main, clopin-clopant, fragilisées ensemble.

Le dérèglement climatique s’aggrave (alors même que plusieurs dirigeants sont arrivés en jet privé).

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La solution à Davos se résume en une phrase : transformer l’économie par l’automatisation des machines grâce à l’intelligence artificielle et la généralisation des énergies vertes. Mais les solutions proposées sont sujettes à critique : ravages écologiques pour les mettre en place, et même inefficacité énergétique. Alors que les éoliennes ou les voitures électriques sont présentées comme ce qui sauvera la planète, plusieurs parlent de mensonges marketing.

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Et pour couronner le piètre bilan et à l’autre bout du spectre, « nous voulons faire entrer Davos dans le métavers et créer un village de collaboration mondiale, en source ouverte », a déclaré M. Schwab. Si le concept est encore flou pour la plupart d’entre nous, il témoigne d’un monde virtuel bel et bien installé. Qui semble déjà débridé. Cyberattaques transfrontalières, désinformation et inégalités croissantes entre ceux qui ont, et ceux qui n’ont pas accès au numérique, figurent parmi les cinq risques les plus graves menaçant les entreprises et les gouvernements pour les deux à cinq prochaines années, selon le rapport 2022 du WEF . Un concept que nous explique par ailleurs Michel Lambert, de la compagnie québécoise eQualitie.

Si le portrait paraît sombre, il ne sert à rien de verser dans l’inquiétude et la morosité. Etre conscient de la réalité est un premier pas vers l’ajustement des décisions des individus, des États et des entreprises. 

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.