Filer le parfait amour avec les microbrasseurs de chez nous

23 juin 2021

Depuis une décennie, les Québécois vivent une lune de miel avec les microbrasseurs du terroir. La bière artisanale n’a jamais été autant appréciée! Une experte du milieu, un jeune passionné à la tête d’une des plus grosses microbrasseries du Québec et deux artisans d’exception nous parlent d’amour… pour la cervoise locale.

« Il y a trente ans, on demandait à Laura Urtnowski, co-fondatrice des Brasseurs du Nord surnommée “mère de la bière rousse”, si ses cuves n’étaient pas rouillées! », lance en riant Marie-Ève Myrand, directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ). Aujourd’hui, les styles sont éclatés et les microbrasseurs s’amusent avec les variétés de céréales et les mélanges d’herbes et de fruits. L’offre est foisonnante et l’essor, sans pareil.

300 brasseurs qui ont de la broue dans le toupet!

« Ce qui est phénoménal dans l’industrie, c’est le taux de croissance soutenu des microbrasseries, affirme Mme Myrand. Et ça ne s’essouffle pas. Malgré la décélération de la consommation en faveur des vins et autres spiritueux, les amateurs de bières spécialisées ne sont pas près d’en manquer! On est rendu à près de 300 microbrasseurs dans la province. Et même en 2020, il y en a eu autant qu’en temps normal qui se sont lancés ».

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Maxime et Étienne Lapointe de la Brasserie Mille-Îles

Les canaux de vente se sont démocratisés, permettant à la canette de la microbrasserie de la Côte-Nord de se retrouver sur la même tablette que celle de Montréal. « Les grandes surfaces offrent dorénavant aux petits producteurs une place de choix, confirme Mme Myrand. On compte désormais une centaine de détaillants spécialisés, sans compter les boutiques chez les brasseurs mêmes, les dépanneurs, bars et restaurants ». Sébastien Paradis, PDG des Brasseurs du Nord-Bière Boréale, nous met au parfum: « Pendant la pandémie, ce qui a monté en flèche, ce sont surtout les ventes unitaires. Ça prouve que les Québécois sont vraiment férus de découvertes ».

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Bières de spécialités 

De la Pilsner désaltérante à la IPA herbacée ou florale, en passant par la Gose d’inspiration allemande, les bières sûres acidulées, la blanche belge agrumeuse ou la Neipa plus étoffée, la créativité est sans limites. Il y a même des bières sans alcool ou sans gluten. « On peut en sortir une pratiquement chaque semaine!», lance Sébastien Paradis. Il y a environ 4000 à 7000 sortes de bières de spécialité sur le marché actuellement, confirme Mme Myrand.

À la Brasserie Mille-Îles de Terrebonne, les deux frères Maxime et Étienne Lapointe produisent des bières de saison et quelques nouveautés aléatoires. Le plus jeune, qui brasse dans le sous-sol familial depuis ses 18 ans, aime surtout développer les classiques.

« On mise tous sur le hype de l’exclusivité à quantités limitées. Par contre, on veut offrir une gamme solide de produits traditionnels, comme la Rousse irlandaise, qu’on continue de peaufiner. Nos bières sont stables, ce qui est un défi pour n’importe quel brasseur artisanal comparativement aux grands producteurs qui disposent d’équipements contrôlés électroniquement. On est récompensé par des clients qui sont fidèles. Ce sont souvent les connaisseurs qui nous suivent. Ce sont nos beer-geeks! » – Maxime Lapointe, copropriétaire de la Brasserie Mille-Îles

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Brassins collaboratifs 

« En termes de vente de bières au Québec, la part de marché des microbrasseries est d’environ 15%, à peu près la même que celle des bières importées, note Mme Myrand. Les grands brasseurs industriels conservent toujours la grosse part du gâteau, mais les petits se serrent les coudes et s’associent de plus en plus ».

Les Brasseurs du Nord, qui distribuent à travers toute la province (ils sont seulement cinq à le faire), ont récemment choisi de faire des collaborations avec des plus petits joueurs. « C’était génial de voir leur réaction! sourit Sébastien Paradis. Je pense à Messorem, un confrère aux produits de niche très prisés qui vend seulement dans sa brasserie industrielle à Griffintown. Il était épaté que notre Tourbillon Polaire soit sur les tablettes du IGA jusqu’en Gaspésie ou au Métro de Val-d’Or! Le taux d’engagement a été de 20 % sur les réseaux sociaux quand on l’a lancé. On a écoulé la production en 24 heures! Propulser d’autres marques à travers la nôtre, c’est trippant! Tirer parti de leur savoir-faire nous donne un edge de plus. »

Effervescence du tourisme brassicole

L’engouement est tel que le tourisme brassicole se développe à vitesse grand V dans la province. « Plus de 70 % des microbrasseries ont un lieu de dégustation sur place ou un pub pour attirer et retenir les visiteurs », affirme Mme Myrand.  « Les Québécois redécouvrent leur territoire et leurs produits locaux », se réjouit André Morin, copropriétaire de la Microbrasserie St-Pancrace à Baie-Comeau.

Aux accords mets-bières se superposent les accords bières-moments et bières-lieux, selon M. Morin. « Quand le soleil se couche et que la fraîche du fleuve descend, on se met un polar et on scrute l’horizon, une chope à la main. Ce n’est certainement pas le même choix qu’on prendrait sur une terrasse un soir d’été en plein Montréal! ». La microbrasserie de la Côte-Nord s’est d’ailleurs associée avec Attitude Nordique pour une activité kayak et observation des baleines, suivie d’un barbecue coréen sur feu de bois avec bières du coin. « C’est ça que le visiteur veut découvrir: l’expérience, l’authenticité, l’identité de la région! », lance-t-il.

Lauréate nationale du Défi OSEntreprendre 2021 pour son approvisionnement auprès de fournisseurs régionaux, la Microbrasserie St-Pancrace a notamment tissé des liens étroits avec les cueilleurs nord-côtiers de camerises, d’airelles, et d’argousiers, lesquels entrent dans la composition de ses bières. Sa buvette offre même des vins nature et des gins de la distillerie locale, des petits plats de cochonnailles du boucher du coin, ou des bourgots frais de la pêcherie des environs.

Restaurateurs, agriculteurs, tous les artisans sont à l’honneur pour sublimer la bière. Les microbrasseurs du Québec ne se gênent pas de faire la part belle aux collaborations de toutes sortes. Ni jaloux ni possessifs, ils démocratisent leur grand art en mode séduction.

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.