eQualitie | Cybersécurité, guerre de l’information et protection des données

23 mai 2022

Sans aucun doute, la transformation numérique s’est accélérée avec la pandémie. Les nouvelles technologies de l’information sont omniprésentes. Incontournables pour les entreprises, les citoyens et l’État, elles régissent le monde de travail, de l’éducation et l’accès aux services publics. En toute logique, la question de la sécurité des données se pose. Nous nous sommes donc entretenus avec Michel Lambert, gestionnaire chez eQualitie, d’enjeux critiques qui touchent la vie privée, l’identité numérique, l’éthique de l’intelligence artificielle, l’accessibilité de l’Internet, ainsi que l’information libre et indépendante. De l’Ukraine au Myanmar, en passant par les institutions et les compagnies du Canada, eQualitie déjoue les attaques, même les plus insoupçonnées. Les entreprises, peu importe leur taille, ne peuvent plus bouder ces réalités.

HenkelMedia.com

Risques réels de non-protection virtuelle

Piratages, vols de données personnelles, professionnelles et commerciales … ces actes sont plus que perturbants. « Ils ont un coût majeur pour les entreprises, qui se chiffre en dizaine de millions de dollars, affirme Michel. La non-protection est un grand risque qui a des conséquences immédiates sur le plan financier. Il y a définitivement un enjeu de sécurité impressionnant ». 

Selon le Centre canadien pour la cybersécurité, les auteurs de cybermenace ciblent plus souvent les petites et moyennes organisations pour obtenir des données relatives à leurs clients, partenaires et fournisseurs. Ils sont à la recherche de données financières, de renseignements sur leurs systèmes de paiement ou d’autres informations exclusives. L’atteinte à la réputation ou le vol de propriété intellectuelle est en jeu, de même que de toutes sortes de perturbations dont une perte de productivité, en plus d’exiger des dépenses relatives à la reprise des activités.

« De plus en plus de compagnies montent des sites web et se font offrir des services de protection par leur hébergeur. Curieusement, la demande n’est pas encore suffisamment forte pour que tous les hébergeurs se munissent de systèmes de protection assez puissants  et efficaces pour lutter contre les cyberattaques actuelles, qui se développent de jour en jour, de façon constante. 

Nous avons donc développé un service de protection des sites web, Deflect. On fait des copies des sites dans notre infrastructure, et c’est elle qui est attaquée, quotidiennement d’ailleurs. Le site original reste protégé. Nous avons créé une machine d’intelligence artificielle et l’avons entrainé à non pas rejeter le « traffic malveillant », car on n’en venait pas à bout, mais à reconnaître ce qui est bon. C’est de plus en plus sophistiqué. On a aussi l’option de les héberger chez nous, sur eQPress, qui est vraiment très sécure ». 

HenkelMedia.com

eQualitie : au nom de la liberté d’information

Même le Conseil du Trésor, responsable du Centre Gouvernemental de Cyberdéfense (devenu le Ministère de la cybersécurité et du numérique le 1er janvier 2022), ainsi que des audits reliés à la cybersécurité des ministères et autres organismes, a été attaqué ce début avril. Plus de 31 000 Québécois auraient été affectés par cette fuite des données.

Deflect fut initialement créé pour protéger la liberté d’expression de groupes sociaux souvent attaqués pour leurs prises de positions. Le système protège les sites web de plus de 750 groupes provenant de 80 pays contre des cyberattaques qui visent à s’opposer à eune action militante ou des changements politiques ou sociétaux. Le cyber contractivisme est bien réel. Les attaques par rançongiciel, les attentats numériques, ainsi que l’espionnage numérique, se multiplient. « Avec l’Ukraine, les gens s’en rendent compte, mais c’est quelque chose qui existe depuis un bon moment », explique Michel, qui fut aussi co-fondateur et Directeur d’Alternatives, et co-président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI). 

HenkelMedia.com

Certains gouvernements, comme le Myanmar qui a récemment vécu un coup d’État, utilisent de plus en plus la fermeture complète de l’Internet. « Nous avons ainsi développé un fureteur internet, CeNo, pour Censorship No!, qui permet aux utilisateurs locaux d’avoir quand même accès à l’information. Dans ce cas-ci, la junte militaire avait fermé la valve internationale de l’Internet. CeNo est un système de partage similaire à Bit Torrent pour les films. Au lieu de télécharger d’un serveur central ton film d’Hollywood, tout le monde se le partage, car c’est décentralisé. 

En Ukraine, ou l’Internet est à risque de se faire fragmenter notamment dans les zones controlées par la Russie, les utilisateurs de CeNo peuvent déjouer le filtrage russe et la censure en se partageant l’information. Il y aussi évidemment les conditions de la coupure à investiguer, notamment vérifier l’état des fils, qui peuvent être endommagés par les bombardements. Nous sommes allés installer des serveurs d’urgence dans plusieurs cités qui permettent de communiquer, du moins au niveau de la ville. On fait des backups et on les bouge car quelques-uns ont déjà été détruits ».

 

D’une façon ou d’une autre, eQualitie est parvenue à créer des technologies et offrir des services pour protéger la liberté d’information. C’est impressionnant. Il faut dire que le sujet tient à cœur à son fondateur, Dmitri Vitaliev, dont le père, un journaliste dissident, avait dû fuir Moscou. L’expression libre dans un monde technologique est devenu son cheval de bataille. Dmitri a écrit et formé sur la cybersecurité. 

Il a compris que dans un contexte où les opinions sont plus polarisées que jamais, incluant sur le pas de nos portes, la liberté d’expression est fondamentale et la sécurité numérique tout autant, puisque c’est par l’Internet et les réseaux sociaux qu’elle se propage aujourd’hui. 

Par ailleurs, il est intéressant de savoir que l’organisme Reporters sans frontières a estimé dans son classement mondial sur la liberté de presse en 2020 que la pandémie avait mis en lumière et amplifié les menaces au droit à une information libre, indépendante, pluraliste et fiable.

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.