Électrique Thundercat à un éclectique jazzy Jazz Fest

Isabelle Naessens

6 juillet 2023

5 minutes

Homonymes miroirs, juste pour vous émoustiller ! Car les sens sont en éveil au festival international de jazz de Montréal (FIJM). Du 29 juin au 8 juillet, notre métropole culturelle aux accents chantants du monde entier accueille le Jazz Fest, le plus gros de la planète, selon le livre Guinness des records !

À la barre, Mauxin Auxéméry, est le nouveau directeur de la programmation, jeune, Français et passionné de cette musique éclectique. Encore plus profondément jazz, intensément actuel, le FIJM s’envole et se renouvelle. Les classiques côtoient des sonorités fraîches, plurielles, presque indéfinissables. Aperçu de cette quarante-troisième édition éclatée, et zoom sur celui qui porte bien les multiples visages du jazz d’aujourd’hui, Thundercat, « le bassiste préféré de nos rappeurs préférés ».

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Samara Joy, jeune prodige du jazz © Benoit Rousseau

Programmation : #diversité

Parce que c’est le mot de 2022, et de 2023 aussi. Dans toutes les sphères, on brandit haut et fort la carte de la diversité. Diversité de sons, de couleurs, d’âges et de styles, le FIJM est en plein dedans.

Les octogénaires Buddy Guy et Herbie Hancock sont de la partie, Diana Krall aussi, George Benson, et l’ex Led Zep Robert Plant et sa muse Alison Krauss. À côté des légendes, d’autres grands : la star mexicaine de la pop latine jazz, Natalia Lafourcade, Mélody Gardot et ses notes de velours afro-luso-brésiliennes, la fougueuse pianiste japonaise Hiromi, le trompettiste franco-libanais, habitué du Festival, Ibrahim Maalouf, la découverte de l’année aux derniers Grammys, Samara Joy, jeune prodige afro-américaine du Bronx âgée de tout juste 23 ans, le trendy duo coloré DOMi & JDBeck, le chouchou pop d’Osheaga Vance Joy et même Macy Gray en clôture (tête d’affiche programmée qui vient cependant tout juste de décommander).

Jeune, brillant, éclectique : on ne pourra pas dire que le FIJM n’était pas tendance! Une belle occasion pour les mélomanes, mais aussi pour tous les autres néophytes, d’aimer le jazz. Sous toutes ses coutures, et toutes ses influences. Cette année au FIJM, il y a de la classe mais aussi de l’attitude. 

« Il y a quelque chose de désormais fondamental dans la façon dont on construit notre programmation, a dit Maurin Auxéméry dont la femme n’est nulle autre que l’artiste ambassadrice de la culture inuit, Elisapie Isaac. On veut ressentir différentes communautés. On veut que la diversité soit dans le public tout comme sur la scène, donc il faut offrir des artistes qui vont permettre ça. 

On a pu aller chercher les up and coming de la scène, tout en gardant une belle place à nos OG, nos originaux. Nous sommes très fiers de la qualité de la programmation de la 43e édition qui est actuelle, équilibrée et remplie de pépites ! »

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Mauxin Auxéméry, nouveau directeur de la programmation du FIJM @ Benoit Rousseau
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Thundercat, le cool kid de l'heure au Festival international de jazz de Montréal 2023 @ Frédérique Ménard-Aubin

Thundercat, ce crazy bassiste qui redéfinit le Jazz Fest

« On parle de blues, on parle de funk, on parle de soul, de R&B, explique Maurin Auxéméry. Le jazz débouche sur tout ça. Le jazz est peut-être encore une musique de niche, mais il devient une musique de niche cool. Comment ne pas arriver à faire cette place aux artistes de ces communautés afro-américaines ? En entrevue avec la Gazette, le directeur de la programmation a tranché : « I think that jazz is getting its game back. There’s a new wave. » 

Et le cool kid de l’heure, c’est lui, Thundercat, aka Stephen Lee Bruner. « C’est une des grosses prises cette année, un des très, très bons coups du festival ». Un bouquet de jazz, hip-hop, R&B, soul, funk, électronique. Piquant aigre douce. Avec des chats qui crachent des lasers par les oreilles, des films coréens, de la Xbox et des comic books Marvel. Vu dans ses clips.

« J’essaie de ne pas nommer ma musique, les multiples inputs qui la constituent font partie d’un tout, a-t-il dit. Miles Davis et Jimi Hendrix ne nommaient pas ce qu’ils étaient en train de faire lorsqu’ils ont mélangé le blues, le rock, le funk ou le jazz. Il leur importait d’aller plus loin, point barre. »

Avec des dreadlocks jaunes qui émergent de sa casquette rose Gucci, un pokémon accroché aux lacets de ses baskets blanches, ses shorts de nylon ThunderCats et son t-shirt rayé dépareillés, qui croirait avoir à faire à un virtuose? Pourtant, le jeune black au sourire désarmant est un contre-ténor chaleureux, un musicien hors de ce monde, qui décroche des rythmes endiablés, un super bassiste comme on n’en fait plus, un peu comme Flea des Red Hot Chili Peppers.

Thundercat est un glorieux, un musicien enflammé, un passionné. Pas étonnant qu’Erykah Badu l’ait pris sous son aile, qu’il ait collaboré avec Snoop Dogg, Bilal, Flying Lotus… tous les créatifs hot de L.A. Thundercat vibre sa musique fusion avec tout son corps et son âme. Il est totalement dans son monde, mais il réussit à communiquer avec tout son public. Le public, qui prend des airs de jeunesse au Festival de Jazz grâce à des gars comme lui, en a eu pour son cash – même si c’était gratuit. Il y a une audience pour l’excentricité, l’original, le nouveau jazz, et Thundercat en est l’incarnation.

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Un public divers et enthousiaste au FIJM pour Thundercat © Benoit Rousseau

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.