Écoconception: les entreprises mettent la main à la pâte

Séries: Écoentrepreneuriat

26 mai 2021

La réduction de l’empreinte écologique est devenue une obligation pour les entreprises. Bientôt, tous les entrepreneurs devront revoir leurs processus de fabrication, leurs emballages et gérer la récupération de leurs déchets. Deux directeurs d’approvisionnement, Paul-André Veilleux de la Laiterie Coaticook et Guillaume Villemure de Soleno ont fait leurs devoirs et revu leur chaîne de production.

Avec l’adoption de la loi 65 et la réforme de la collecte (voir encadré), les entreprises auront trois ans pour s’ajuster. Éviter le suremballage ou créer des contenants biodégradables et compostables, instaurer un système de consignes ou en vrac, privilégier le verre, le carton ou même le plastique… Les avenues pour être plus écologique sont nombreuses. Or, la clef est de réfléchir à ce qui convient le mieux à son produit et même parfois déconstruire les mythes liés à son choix de matière.

Écoconception et alimentation : éliminer les fausses bonnes idées

La pression des consommateurs a encouragé le plus grand producteur de crème glacée du Québec, la Laiterie Coaticook, à revoir ses emballages. « Les clients demandaient des contenants en carton, se souvient Paul-André Veilleux, directeur des finances et de l’approvisionnement. On n’était pas tellement au fait des enjeux, et les différentes options n’étaient pas très connues à ce moment-là ». En 2016, la société s’est tournée vers l’organisme Éco-Entreprises Québec pour voir si l’écoconception s’appliquerait à ses emballages. La laiterie a été une des premières PME au Québec à entamer la réflexion pour comprendre ce qui posait problème. « C’est la fin de vie de nos contenants de plastique qui clochait, alors on a commencé par analyser notre empreinte écologique en détail », explique M. Veilleux.

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En alimentation, c’est un peu plus complexe: les normes sont strictes et il faut obtenir l’autorisation de l’Agence canadienne d’inspection des aliments pour s’assurer que les emballages restent salubres. « Et pour les produits surgelés, c’est encore une autre histoire, indique le directeur. Le carton, qui est utilisé par certains de nos compétiteurs, contient de la cire, du plastique et d’autres matériaux en superposition de couches qui sont coûteuses à séparer. Le carton laminé est donc encore moins récupérable ».

Privilégier l’emballage en plastique

Laiterie Coaticook en est venue à la conclusion que le plastique, contre-intuitif à première vue pour le consommateur, est à privilégier pour ses produits vendus en épicerie. « Avec sept millions de ces contenants en circulation annuellement, un petit changement peut faire une grande différence! lance-t-il. À l’œil nu, ça ne se voit pas, mais on a retiré entre deux et trois grammes de plastique par pot. La marge paraît minime, mais c’est 15 tonnes de plastique de moins chaque année. On ne pouvait pas faire plus, car il faut que ça se tienne sur la palette et qu’ils soient solides entre les mains du consommateur ».

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En réduisant l’épaisseur de leur contenant, avec une légère baisse du coût de l’emballage chemin faisant, l’entreprise a pu avoir un gros impact sans sacrifier son chiffre d’affaires, un autre point crucial à considérer. «L’écoconception est rentable. Il y a des retours sur investissement dans la majorité des cas, et parfois même des économies d’échelle. Non seulement c’est devenu obligatoire, mais il s’agit en outre d’une façon de se différencier comme marque auprès des consommateurs. Encore faut-il défaire les mythes. On est rendu là ».

En raison des préconceptions du public, le contenant en polyéthylène à haute densité (PEHD ou plastique # 2) est peu utilisé par les PME, explique le directeur. « Il existe du plastique 100% recyclé et recyclable, comme les bouteilles d’eau, mais il est trop flexible pour notre besoin. Le PEHD a un plus fort taux de récupération et de revalorisation ». C’est l’option qui offre la plus longue durée de vie à l’emballage et qui évite l’achat d’un plastique supplémentaire. Dans les centres de tri, il offre la meilleure revente: des entreprises vont le racheter et le transformer. « Il importe maintenant de trouver des acheteurs pour boucler la boucle. Comme Soleno! », annonce-t-il.

Économie circulaire et revalorisation

Soleno, qui produit des conduites en plastique de drainage des eaux pluviales, achète des ballots de plastique aux centres de tri depuis près de dix ans. L’entreprise est pionnière au Québec dans la réutilisation du PEHD. Elle possède des usines qui broient, filtrent, re-granulent et transforment les bouteilles de shampoing, de lessive ou de crèmes. La résine récupérée est intégrée au processus de fabrication des tuyaux. « On donne une deuxième vie aux plastiques d’usage domestique et industriel qui prennent de 350 à 500 ans à se décomposer, confirme avec fierté Guillaume Villemure, directeur du développement et des approvisionnements. Et elle est longue! Une conduite dure au moins cent ans. Et plus, si on la recycle à nouveau. C’est une ressource presque inépuisable ».

Avec la valorisation de plus de 100 millions de contenants de plastique par année, la division Soleno Recyclage est devenue un des plus importants recycleurs et conditionneurs de PEHD dans l’Est du Canada. La société vient d’ailleurs de renouveler son entente avec TriCentris, la plus grande organisation de tri au Québec qui dessert 234 municipalités. C’est 300 millions de contenants de plastique de plus qui pourront être recyclés.

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« On a longtemps parlé de développement durable, un concept qu’on avait à cœur, mais qui semblait lointain et abstrait, raconte M. Villemure. Aujourd’hui, on y est! On parvient à faire localement l’économie circulaire des matières recyclables ».

Les nouvelles responsabilités des entreprises 

Depuis près de quinze ans, les entreprises payent une contribution aux municipalités pour gérer les déchets que la consommation de leurs produits engendrent. La loi 65 réforme la collecte sélective sur la base de la responsabilité élargie des producteurs (REP). Les entreprises devront dorénavant prendre en charge la récupération de leurs matières résiduelles, en faire le tri, le conditionnement et le recyclage, en partenariat avec les villes, les centres de tri et autres recycleurs. Autrement dit, le gouvernement rend les entreprises imputables de l’entièreté du cycle de vie de leurs produits. Une période d’ajustement de trois ans est prévue jusqu’en 2024. Bonus incitatifs et pénalités sont au programme.

La série Bac-à-Bac, une initiative d’Éco-Entreprises Québec, animée par Rose Aimée Automne Morin, jette un regard sur la collecte sélective transformée.

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.