Dans les petits pots, les meilleurs onguents | Zorah biocosmétiques prend soin du monde

25 novembre 2021

L’industrie cosmétique a-t-elle souffert du confinement et de nos visages masqués ? Certainement. Or, ce que cette pause forcée a sans aucun doute redéfini, ce sont les valeurs des consommateurs. La beauté, oui…mais autrement, et pas à n’importe quel prix. Mélissa Harvey l’avait déjà compris. Il y a quinze ans, elle a cofondé Zorah biocosmétiques, une entreprise qui met de l’avant des produits écologiques et des femmes, réunies en coopératives de l’autre côté de l’Atlantique. Nous avons aussi parlé à Jean Martel, coach en développement durable chez Evol, une organisation qui finance les entreprises qui désirent avoir un impact positif sur notre société.

La tendance vers la beauté saine s’inscrit dans une mouvance globale de conscientisation écologique et sociale. Que contiennent ces petits pots aux mille vertus ? Comment sont-ils fabriqués? Ingrédients cancérigènes, perturbateurs endocriniens, destruction d’écosystèmes, conditions de travail déplorables… les produits de cette industrie ne cachent pas que les cernes. Même si les cosmétiques biologiques et éthiques restent nichés, ils tendent à prendre une place de plus en plus grande. Alors que le marché mondial dans le secteur croît à plus ou moins 5 % par année depuis une décennie, la part occupée par le biologique augmente à un rythme de 9 %. Réfléchir aux vastes impacts de nos choix de consommation est en train de changer la donne.

Vouloir changer le monde

Mélissa Harvey ne s’est pas inventée experte en cosmétologie biologique. Derrière Zorah biocosmétiques, il y a une jeune fille qui rêvait d’un monde plus juste. Il y a vingt ans, la Jeannoise à l’accent prononcé s’était lancée dans un « petit café bio et écolo » qui avait pignon sur la rue Beaubien, à Montréal. Déjà un peu en avance sur son temps. Déjà réfléchie et ouverte sur le monde. « Il me manquait quelques outils, alors j’ai décidé d’aller faire ma maîtrise aux HEC. J’allais leur prouver que les considérations environnementales et sociales étaient utiles et que le commerce équitable était rentable ».

Un pari réussi puisque la porte-parole du Centre de solidarité internationale à Alma est aujourd’hui à la tête d’une entreprise prospère qui emploie une quarantaine d’employés, et plus de 2500 femmes berbères dans des coopératives au Maroc. « Il y a une opportunité dans le marché pour les entreprises qui mettent le développement durable (économique, social et environnemental) au cœur de leur mission. Les consommateurs sont rendus là et ils le demandent », explique Jean Martel.

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« Je suis revenue de mon stage avec Oxfam en 2003 avec un baril d’huile d’argan à vendre pour aider ces femmes analphabètes à conserver leurs terres nourricières. On devrait obliger nos jeunes à faire des stages humanitaires à l’international, c’est bon pour l’esprit d’ouverture, et ça crée des possibilités de valeurs ajoutées infinies pour tous. Ma plus grande motivation avec Zorah, c’est de prendre part à l’émancipation de la femme ».

Cela fait quinze ans que Mélissa et son ex-conjoint, copropriétaire, investissent dans les coopératives de production d’huile d’argan. « Ce n’est pas un push marketing, ce sont nos valeurs. On se dit qu’on aura participé à créer une société plus humaine ». Il est évident que la société ne fait pas d’impact washing: elle ne prétend pas. Jean Martel explique que des organisations comme Evol font du financement d’impact pour soutenir la capacité des entreprises engagées à avoir des effets positifs sur l’environnement, la société et la gouvernance des entreprises. Les financiers peuvent aujourd’hui être des acteurs de changement.

Mélissa travaille toujours avec celles avec qui elle avait tissé les premiers liens, marquée par l’authenticité et la solidarité des femmes entre elles, touchée par leur courage. Elle leur achète l’huile d’argan à un prix juste et équitable. « Chaque année, on finance la culture d’arganiers et on aménage de nouvelles terres. On a aussi construit des écoles, une bibliothèque, et même une popote roulante d’infirmières ».

Les femmes se scolarisent et apprennent à gérer une entreprise. « Aujourd’hui, elles cultivent des pousses chez elles, sur le bord de leurs fenêtres, au lieu de les acheter aux jardiniers ». Leur autonomie est le facteur déterminant pour Mélissa. « Fatima, qui ne savait pas lire et écrire, est maintenant la cheffe comptable ! », se réjouit-elle. Et il y a Zoubida Charrouf, la professeure de chimie à l’origine de la cinquantaine de coopératives, qui a permis d’améliorer les techniques de production de ce savoir-faire ancestral, et d’augmenter considérablement l’indépendance et les revenus des femmes berbères. « C’est une vraie légende. Elle est notre David Suzuki du Maroc ».

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Révolutionner les cosmétiques 

Mélissa Harvey peut se targuer d’être une des pionnières dans la beauté verte au Québec. Non seulement elle œuvre pour le développement humain, pour une production durable et responsable, mais aussi pour la transparence et la qualité de ses produits. « Je change l’industrie un pot à la fois ! », dit celle dont les yeux lumineux sont soulignés de khôl noir, un clin d’œil à ses consœurs.

« En un weekend, j’avais écoulé l’huile d’argan au marché Jean-Talon! Je ne savais pas trop dans quoi je me lançais, je voulais juste aider. Je savais que c’était un produit très prisé, mais là, j’en ai vraiment eu la confirmation », se souvient-elle. Puis une idée a germé, supportée par une rencontre fortuite avec une biochimiste réputée. Avec un rêve au ventre, le couple s’est lancé dans l’aventure. Trois ans de recherche et développement plus tard, Zorah biocosmétiques était né. « Ça a pris cinq ans avant que je puisse avoir mon premier salaire. On s’est battu sans regarder autour de nous dans une industrie très compétitive, avec un seul objectif en tête : fabriquer localement des produits sains, certifiés biologiques, écologiques et équitables. On a défriché et ouvert un créneau qui n’existait pas : les cosmétiques biologiques haut de gamme au Canada ».

La performance de ses produits lui vaut la fidélité de sa clientèle. L’huile d’argan n’est pas la plus chère au monde pour rien. Des années de recherche et d’innovation se cachent dans ses petits pots (neuf ans pour la crème solaire), et aucun composant synthétique. Exit l’huile minérale et animale, parabènes de toutes sortes, ingrédients toxiques pour le corps et la nature. « Il faut apprendre à lire les étiquettes. En ce moment, le méthylisothiazolinone, un conservateur créé dans les années 30 pour stabiliser la peinture, est en train de ressortir dans les savons, mousses et shampoings. Tout le monde l’a oublié, mais il est la cause de maladies sévères ».

Mélissa veut instruire et conscientiser. Zorah biocosmétiques est une entreprise de valeurs jusqu’aux bouts des ongles. Et ce ne sont pas les seules raisons de son succès : le volume et les économies d’échelle sont clés. Mélissa est une bonne vendeuse. Elle continue de « faire du terrain » et de raconter son histoire. « Je connais chaque client. Rester humain, c’est payant. J’ai ouvert le Québec, un magasin à la fois. Quand j’avais 45 clients, j’embauchais une représentante. Notre chimiste faisait les préparations dans notre laboratoire, je finissais les pots puis je les mettais dans mon auto et je partais les vendre. Aujourd’hui, j’ai plus de mille points de vente. D’ailleurs, je m’en vais faire ma tournée de Mère Noël ! »

L’entreprise déménage bientôt dans une usine écoresponsable et s’en va vers le zéro-déchet. Ses emballages et contenants sont évidemment recyclés, recyclables et écologiques. Zorah révolutionne l’industrie cosmétique en respectant à la fois l’environnement et l’humain. Elle mise sur l’innovation pour continuer à amener l’industrie ailleurs, « un petit pot à la fois ».

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de DanieleHenkel.tv en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.