Comment ne plus avoir peur de l’échec entrepreneurial ?

Isabelle Naessens

13 juin 2023

5 minutes

Se planter royalement. Crasher. Essuyer une perte phénoménale. Perdre des clients. A priori, on ne peut se faire que des bleus à tomber le nez sur le béton. Pourtant, l’échec entrepreneurial, même s’il est douloureux, fait souvent partie du parcours. Il a sa place : on peut en tirer profit si on sait le gérer, et rebondir, même si c’est souvent après-coups qu’on y voit son intérêt.

Est-il un mal nécessaire? Dans tous les cas, on le souhaite réversible. Petit traité sur l’échec en entreprise.

Qu’est-ce que l’échec entrepreneurial ?

Plusieurs associent l’échec entrepreneurial à la faillite, à l’insolvabilité, au dépôt de bilan et à la défaillance de l’entreprise. On dit qu’une sur quatre risque de ne pas décoller et de ne pas passer à travers les deux premières années de démarrage. Le taux de survie après cinq ans frise les 50% au Québec. C’est la période communément appelée « vallée de la mort ».

Le constat est encore pire pour les start-ups, certains avancent le chiffre effrayant de 80%. Bien normal que la peur de l’échec soit l’un des principaux obstacles pour tous ceux qui hésitent à se lancer en affaires. Une proportion de 40 entrepreneurs sur 100 seraient cloués sur place par la peur de l’échec et ne développeraient pas leur idée de génie.

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L'échec peut faire partie des essais-erreurs, être un fast fail ou un pivot. Ajustez et passez à la prochaine étape!

En fait, il n’y a pas vraiment de consensus sur la signification de l’échec entrepreneurial : il peut revêtir plusieurs formes. Il peut s’agir d’un fail-fast, un pivot, un des multiples essais et erreurs dans un parcours innovant, du lean startup par itérations et vérifications du marché. L’échec a sa place dans un contexte incertain et rapide, notamment. 

La clé de l’innovation est l’expérimentation. Et pour expérimenter, vous devez échouer – Paul Misener, VP innovation et communication chez Amazon

L’échec peut être dû à un mauvais fit, une erreur de stratégie, une fausse bonne idée, des promesses brisées, une équipe managériale dysfonctionnelle, ou simplement une image qui ne colle plus aux tendances. « Toutes les 58 minutes, un produit ou une compagnie connaît un échec dû seulement à l’évolution du marché. » Tout autant d’ingrédients modifiables : on peut rectifier le tir si on est à l’écoute et qu’on apprend. L’échec est une étape vers une progression, un ajustement.

Pour chaque réussite, il y a une tonne d’échecs dans l’ombre. La compagnie Dyson a dû essayé pas moins de 5 126 prototypes pendant 15 ans avant de connaître le succès. Le parcours entrepreneurial est semé de cailloux, il est fait de dizaines de hauts et de bas ; personne n’a dit qu’il devait être en ligne droite.

Le leadership de l’échec

L’échec est propice à l’amélioration, à la réflexion, aux post mortems et autres lessons learned. On peut en tirer avantage à la condition de ne pas faire l’autruche et de se mettre la tête dans le sable. Il faut développer un certain « leadership de l’échec » pour se poser, analyser avec lucidité, mieux comprendre, faire de l’introspection, prendre de la perspective, être conscient des travers qui ont mené à l’échec, devenir résilient, développer des apprentissages qui serviront plus tard, puis mettre en place les actions nécessaires pour rebondir autrement. 

Certains préfèrent ne pas en parler. D’autres, célèbrent leurs grandes cuites! Il faut savoir réussir ses échecs! Les transformer en une valeur ajoutée. Y trouver l’opportunité de devenir un meilleur leader. Rien de tel qu’un revers cuisant pour éviter de reproduire les mêmes erreurs! C’est le principe des Fail camps, qui met l’échec, autrefois tabou, en grande vedette. Dédramatiser les inévitables chutes. Partager et se soulager, ensemble: quand on se compare, on se console. Même HEC en propose : « Gérer les risques et encourager la culture de l’échec ». Le Groupe CANAM a une conférence intitulée « Les 30 ans d’échecs de CANAM ».

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Célébrez vos échecs !

Ceux qui n’ont pas d’ambition ne vivent pas d’échec, selon un des organisateurs de FailCamp. « Rien ne dépasse la satisfaction de se surprendre soi-même, a partagé Mitsou à l’un de ceux-ci. Je suis là pour vous dire de ne jamais arrêter de vous ajuster. Au marché, à vos besoins, à la vie. » La réputation de plusieurs entrepreneurs s’est même propulsée après l’aventure ratée. Qui n’a pas entendu les affres de l’échec d’Elon Musk, ou plus près de chez nous, Caroline Néron ou Érik Giasson, cet ancien banquier, golden boy de Wall Street, devenu co-fondateur de Wanderlust ?

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L'entrepreneuriat, c'est sauter dans le vide et prendre des risques.

Risques, échecs et succès

Il faut apprivoiser la bête, y faire face, saisir le taureau par les cornes. « Une entreprise a besoin d’ordre pour survivre et de désordre pour évoluer », disait Peter Drucker. Les échecs peuvent arriver pour le mieux! Parler d’échec, c’est aussi parler de succès. C’est célébrer la prise de risque. Car entreprendre, c’est prendre des risques.

Bien sûr, les stigmates de l’échec peuvent perdurer longtemps. Certains n’ont aucun envie de les célébrer. Comme Christian Genest, fondateur du Groupe Sushi Taxi et Buddha Station qui porte ses cuisants échecs comme des « cicatrices épaisses qui me rappellent sans cesse les mauvaises décisions que j’ai prises.» Mais il avoue avoir appris énormément sur le chemin, s’être relevé comme jamais: un homme nouveau, et surtout, un leader nouveau.

Nicolas Duvernois, célèbre dragon entrepreneur en série et notamment à la tête de Duvernois Creative Spirits, a dit, dans une entrevue récente : « Je n’ai pas peur de l’échec. Évidemment, je préfère l’éviter. Mais je ne me définis ni par mes succès, ni par mes échecs : je me définis par le chemin que je prends. »

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.