Cargorou | Vélo cargo et transport actif pour nos kids, nos pitous et les commissions!

8 juin 2022

Le pickup Ford F-150 est le véhicule le plus vendu au Québec depuis douze ans ! Comment est-ce possible devant la flambée des prix de l’essence et l’urgence climatique ? Le transport actif se veut une solution de rechange immédiate, verte et durable, avec un grand impact sur nos finances et sur la planète. Mais est-ce réellement possible pour tout le monde d’utiliser sa propre énergie pour se rendre d’un endroit à l’autre ? 

Kristell Savard a mis sur pied l’initiative dans sa communauté pour encourager la mobilité des familles, été comme hiver, à pied comme à bicyclette. Elle a été rejointe par sa voisine Sara Caradec, designer web et cofondatrice. Ensemble, elles ont trouvé un nom pour ces mamans et papas kangourous qui promènent leur progéniture à vélo : Cargorou. Une histoire inspirante et payante à tous points de vue, à répliquer autour de chez vous !

Peu importe comment, le transport actif 

Chantal aime faire ses courses à pied, déposer coco à la garderie, se rendre au travail en passant prendre un café, tout ça, pedibus cum jambis. Mais en déménageant loin de la ville, comme le font plusieurs aujourd’hui, les distances se sont vite révélées inaccessibles pour les minces semelles de caoutchouc de ses running shoes. Trois kilomètres à pied, ça use ! Par ailleurs, avoir deux voitures était hors de question, conscience environnementale oblige. Le vélo est donc devenu la nouvelle alternative pour cette famille nouvellement cycliste, qui garde une voiture au cas, pour les déluges et les imprévus. Fiston ne connaît donc pas encore les batailles de restants de lunchs dans l’autobus scolaire ! Il se rend à l’école ou à la bibliothèque à bicyclette, et accompagne ses parents à l’épicerie sur ses deux roues. Dès qu’il fait beau, la petite famille active rejoint les voies cyclables. 

Avec ses quatre enfants, Samuel aussi sillonne les chemins à vélo. Sa trolée est sur deux roues, qu’il neige ou qu’il mouille. Quant à Karine et Francis, ils transportent enfants et bagages partout où ils vont : en vélo de route, en vélo de montagne, en fat bike, avec une remorque ou un siège enfant, en vélo-bus avec des amis du quartier ou même sur leurs incroyables vélos-tandems enfant devant, parent derrière.  

Vélo-cargo à assistance électrique : du bi ou tri-porteur au long-tail

Pour d’autres, l’option est électrique. « Il s’agit d’abord de cerner ses besoins, explique Kristell. Nous avons plusieurs familles ambassadrices, et elles ont toutes choisi des options différentes, qui leur sied à chacune. Il existe différents modèles ». 

À Québec, Sophie et Jean-Caroll se déplaçaient en transport en commun, en Communauto, en vélo ou à pied, selon le trajet. Mais l’arrivée des enfants a rimé avec besoin d’espaces verts, et le couple écolo a décidé de s’installer en région. Pour eux aussi, les kilomètres sont soudainement apparus comme une embûche. La solution ? Un vélo électrique avec un siège de bébé, et les filles sur leur bécane! Même option pour Michèle et sa fille.

Roxane et David, eux, se sont procurés un vélo cargo à assistance électrique de style long-tail : les deux petites sont assises à l’arrière et maman peut grimper les côtes en toute quiétude. Catherine fait pareil avec ses deux grandes : « En plus, ça me permet de transporter à la fois nos filles, mais aussi leurs sacs à dos, notre épicerie, nos patins et même nos skis de fond ! » Même choix pour la Villa Pierrot, un organisme pour les mères monoparentales qui s’est dotée de deux vélos cargo long tail électriques pour transporter de façon sécuritaire deux à trois enfants sur le long support, et tout ce qu’il faut dans les deux grandes sacoches imperméables et le panier devant.

HenkelMedia.com
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Quant à Kristell et Sara, elles ont opté pour le modèle à trois roues, plus stable. Leur joyeuse marmaille s’installe dans une caisse ouverte à l’avant. Jusqu’à quatre enfants assis sur deux bancs qui se font face, question de jaser, et un de plus à l’arrière, ça fait six personnes sans voiture. Leur triporteur vient du Danemark et est assemblé et électrifié à Montréal par Dumoulin Bicyclettes. C’est aussi lui qui répare.

Les deux mamans instigatrices du projet Cargorou ont l’air des vendeuses de crème glacée ! Fraise ou chocolat ? « En passant, pas besoin d’être une athlète pour pousser tout ce pti monde-là », lance Karine qui porte un chandail marqué Lausanne Marathon. Elle rit. « Ça a pas rapport, je l’ai même pas fait! Je pédale quand j’ai envie, j’utilise la batterie quand je suis fatiguée ou que c’est tough. Ma moyenne est de 20 km/h. J’enlève la batterie quand j’arrive et je la recharge dans la prise de courant. L’autonomie est d’environ 60 kilomètres. C’est devenu mon moyen de transport quotidien, il n’y a aucune limite, été comme hiver, avec mes pneus à clous, la doudou de laine et les lunettes de ski »!

Kristell, une femme impliquée

Kristell a des boucles d’oreilles en forme de vélo. Elle a le teint bronzé par des heures de balade, les yeux pétillants et le sourire facile. « Mais c’est pas une question de faire du sport, bien que ça vienne avec, le grand air et la forme ! C’est notre façon de nous déplacer. Le transport actif, c’est un mode de vie, voir les choses et vivre autrement ». 

Kristell est revenue de la Suisse avec des idées plein la tête. « En 2018, les vélos cargo y étaient déjà en libre-service avec une application ». Celle qui a accompagné son chum à son post-doc à Lausanne n’est pas une idéaliste rêveuse. D’abord travailleuse humanitaire en Afrique, elle a étudié en génie civil, puis elle a eu trois enfants, et elle a fait son bac pour être sage-femme alors qu’ils avaient un, trois et cinq ans. Fonceuse, elle est avant tout une femme de cœur, avec des valeurs bien ancrées. Rester à la maison avec sa famille est tout à fait envisageable. Tout comme manger bio ou ne pas avoir un gros garage et deux autos. Ou mettre le plus de monde à vélo sur la route.

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Faire avancer les gens et les villes

Kristell porte un projet plus grand qu’elle. « Je veux que ça appartienne aux gens, c’est à eux de se l’approprier ». Alors elle pousse. Ses enfants, ceux des autres, les citoyens et les élus municipaux. Grâce à son implication, Magog s’est dotée d’un plan de transport actif et s’engage à adapter ses infrastructures. « Je me suis impliquée dans les campagnes municipales pour l’aménagement du territoire et la valorisation du transport actif. Mais il faut éduquer les cyclistes eux-mêmes sur les bonnes pratiques. Les automobilistes évidemment, notamment avec les angles morts. Les jeunes aussi, pour qu’ils voient tout le positif que ça amène, la joie d’arriver à l’école à vélo, frais et dispo. 

Il faut d’abord commencer par l’exercice de calculer le coût des voitures, qui inclut le prix de l’essence, l’assurance, les plaques, versus l’utilisation nécessaire. Est-ce que chaque personne a vraiment besoin d’avoir sa propre auto? »

Les deux jeunes femmes ont appliqué pour une subvention avec le Fonds de la sécurité routière du Ministère des transports. Elles veulent mettre en place des trousses éducatives pour la population. Sara a aussi eu l’idée de proposer aux entreprises d’apposer leur autocollant commandite pour faire de la publicité sur les boîtes de vélo: votre logo partout ! Le projet n’en est qu’à ses débuts, mais déjà, il a le vent dans les roues, et la folie du vélo cargo risque de gagner rapidement la province. Souhaitons-le !

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.