Atikuss et les bottes de l’espoir, fierté autochtone

2 décembre 2021

La culture est un reflet de notre identité. Elle transmet un patrimoine et donne un sens au passé. Dans les communautés autochtones, la préserver est indispensable pour perpétuer les traditions et savoir-faire d’une génération à une autre. Elle est aussi un moyen de rêver d’autres possibles, de s’élever. Josée Sushei Leblanc, une femme d’affaires innue, le sait. À travers l’art et l’entrepreneuriat, elle s’est donnée une mission sociale, économique et culturelle. Son entreprise, Atikuss, vient de remporter le prix de l’entreprise de l’année 2021 par Tourisme autochtone Québec.

Au cœur de la Vieille-Capitale, il y a ces boutiques de souvenirs qui vendent cartes postales, sirop d’érable, chemises carreautées et chapeaux de poils à la David Crockett. Le touriste peu avisé aura tôt fait d’y circonscrire toute la culture québécoise-amérindienne. Mais sur la rue St-Louis, située tout près du Château Frontenac, l’atelier-boutique Atikuss redore fièrement l’image des onze nations que forment les communautés autochtones du Québec. Mocassins, mukluks, chapeaux et mitaines en peaux naturelles sont confectionnés sur mesure par d’habiles artisanes perleuses. Atikuss, petit caribou en langue innue, est la vitrine d’un monde riche que Josée Leblanc met de l’avant avec fierté.

Faire rayonner la culture autochtone

L’entrepreneure de la Côte-Nord a toujours eu à cœur son identité autochtone. Elle est passée par plusieurs postes de direction pour le bénéfice de sa communauté, d’un Centre d’amitiés autochtones, à un promoteur de régimes de retraite pour les Premières Nations, et même à une usine de transformation du crabe des neiges. « Tout ce que j’ai appris m’a mené là où je suis maintenant. Tout m’a servi, de la réalité du service social au travail à la chaîne, jusqu’aux liens que j’ai tissés avec les clients partout », reconnaît-elle avec gratitude.  

Josée a aujourd’hui choisi l’artisanat pour faire rayonner sa culture. De son premier mariage avec le célèbre peintre Ernest Dominique, qui avait exposé ses œuvres au Louvre et aux Nations Unies, elle conserve la passion de transmettre l’histoire de son peuple et de conserver sa mémoire à travers l’art. 

Le couple innu avait fondé en 2011, dans sa communauté d’Uashat, enclavée dans Sept-Îles, le Complexe Agara. Sous un même toit, plusieurs services étaient dédiés à la transmission de l’art autochtone : une galerie, une école et un gîte, Le repos du guerrier. « On voulait en faire un cœur pour les artistes de la région, un endroit où ils pourraient venir produire en résidence, apprendre ou donner des formations. On offrait aussi aux touristes la possibilité de s’immerger dans la culture autochtone ».

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Jouer dans la cour des grands

À la suite du départ d’Ernest, Josée a rempli le grand vide en annexant une boutique d’artisanat en 2014. Elle a acheté la balance d’un inventaire de matières premières et passé des annonces à la radio communautaire auprès des artisans, « la façon de faire chez nous, dans nos communautés éloignées ». Il faut dire que la jeune femme avait la fibre entrepreneuriale et qu’elle n’avait pas froid aux yeux. Déterminée, elle a fait des pieds et des mains pour obtenir du financement, et rejoint Commerce international Côte-Nord et la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de sa région, qui lui ont prêté main forte. 

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Elle savait aussi que pour réussir en tant qu’entrepreneure innue, il fallait se faire voir et se faire entendre. Pour une femme autochtone, peut-être plus encore que pour toute autre, il faut saisir l’importance de la visibilité, du mentorat et des partenariats. Josée avait appris à bien s’entourer dans le milieu des affaires. Agara avait été inaugurée devant des élus locaux, et même le ministre des Affaires autochtones de l’époque et une représentante du Conseil des arts du Canada s’étaient déplacés pour l’occasion. 

Elle s’était donc lancée en s’affichant à l’émission Dans l’œil du dragon. « J’avais tout mon financement. Mon objectif, c’était de donner de la visibilité à mon projet, d’avoir accès à un plus grand réseau de distribution, et de me faire guider par un entrepreneur québécois d’expérience ». Le projet qu’elle avait soumis alors se nomme « les Bottes de l’espoir ». Mission réussie : les commandes explosent et les alliances se créent.

Se donner une mission 

Josée s’était rapidement aperçue que les artisanes ne gagnaient pas plus que trois ou quatre dollars de l’heure. « Elles avaient les yeux et les mains fatigués, elles étaient désillusionnées devant cet avenir sans issue, ne sachant pas comment convaincre leurs filles et leurs nièces de reprendre leur savoir-faire. J’avais trouvé ma mission : faire perdurer la culture, la valoriser et leur offrir une autonomie financière. L’idée de concevoir une botte de luxe s’est naturellement imposée : la botte de l’espoir. »

« 50 % des femmes autochtones vivent sous le seuil de la pauvreté. Il faut leur donner les moyens et la confiance pour réussir, et rompre le cycle de dépendance. » – Société de Développement Économique Ilnu (SDEI)

 

Josée s’est tissée un réseau de perleuses en s’associant à des centres d’amitiés autochtones et à des organismes comme Chez Doris, à Montréal. Perler est devenu une façon de transcender la souffrance et de retrouver leur estime en se reconnectant à leur identité. « Quand on arrive, on remplit des papiers, il y a tout un tas de procédures. C’est facile de décrocher et de retourner d’où l’on vient de se sortir. Quand une femme arrive en détresse et qu’on lui permet de s’occuper à perler, de mettre sa souffrance et ses pensées dans ce travail, on tient un fil d’espoir. » Josée sait de quoi elle parle.

Un commerce juste et équitable 

Pour pouvoir aider, il faut que l’entreprise performe. « C’est comme ça que je vis mon autochtonie. C’est mon côté communautaire qui me nourrit. » En moins d’un an et demi, la femme d’affaires a monté une entreprise remarquable et à rémunérer ses employés équitablement, passant à un salaire horaire de 3 à 15 $, attirant les jeunes artisanes aussi. Les mukluks se vendent à environ 1000 $ : « les clients sont prêts à payer plus cher pour un produit authentique fait main sur-mesure qui a un impact social. » Dans les bottes, il y a un message de la perleuse, remerciant et expliquant que ce travail rend hommage aux ancêtres en utilisant des méthodes ancestrales de tannage, de pelage et de tissage et qu’une partie des revenus revient aux communautés.

 

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Chez Atikuss, les produits sont créés de façon traditionnelle en assurant la réutilisation, le non-gaspillage, le respect de la nature et la chasse écoresponsable. Ils sont fabriqués et distribués à Sept-Îles, dans des ateliers boutiques à Uashat, dans le Vieux-Québec et à Montréal. En marge du Grand cercle économique des peuples autochtones, Josée Leblanc s’est méritée le prix de l’entreprise de l’année.

« À travers ma compagnie , je fais rayonner nos communautés jusqu’en Russie et en Scandinavie. Je raconte notre histoire, comme on le faisait avec les wampums qui symbolisaient nos messages et scellaient nos ententes. Je change les perceptions des allochtones et je ramène notre art vivant sur la scène aujourd’hui. J’ai le goût de saisir ce momentum. Je suis fière d’annoncer que mon projet d’économusée va voir le jour en 2022 : l’entreprise va me survivre et va continuer de mettre de l’avant notre culture autochtone avec élégance et fierté ».

À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.