Approvisionnement aux États-Unis | Joe Biden, le Grinch qui veut voler Noël !

Valérie Beaudoin

20 Décembre 2021

HenkelMedia.com

VALÉRIE BEAUDOIN – LA CHRONIQUE AMÉRICAINE

 

À l’approche des Fêtes, le traditionnel discours « les démocrates veulent annuler Noël » revient dans les médias conservateurs américains. Cette année, l’attaque est plus ciblée et plus imagée : « Joe Biden est le Grinch (le personnage imaginaire du Grincheux) qui veut voler Noël ». Pourquoi cette attaque en particulier ? Parce que notre voisin du Sud est frappé, comme un peu partout sur la planète, par une crise d’approvisionnement et une vertigineuse inflation. À quelques jours du réveillon, beaucoup d’Américains se demandent s’ils recevront à temps leurs cadeaux des Fêtes, mais également, si le produit commandé sera toujours disponible lorsque viendra le temps de l’expédier.

Qui plus est, le prix est souvent augmenté. On ne semble pas remettre en question l’impact majeur de la pandémie sur la chaîne d’approvisionnement, créant des bouchons immenses dans les grands ports américains et ralentissant le transport des biens jusqu’aux entreprises. Ce que les républicains reprochent au président Joe Biden, c’est de ne pas en avoir suffisamment fait pour régler le problème et même, d’avoir empiré la situation.

 Dans certains commerces, les tablettes sont aussi vides que celles de certaines SAQ du Québec. Dans les grands journaux et médias américains, des reportages traitent de la pénurie du fromage à la crème, qui est cauchemardesque pour les commerçants de bagels new-yorkais, de la hausse catastrophique du prix de l’essence ou encore des stationnements fantômes des compagnies de location d’automobile dans certains grands aéroports, comme Atlanta.

HenkelMedia.com
Le président américain Joe Biden (Photo AP/Evan Vucci)
HenkelMedia.com

Au début de son mandat, Joe Biden a gagné en popularité en offrant des chèques d’aide destinés aux familles et aux chômeurs durement affectés. Il a aussi pris des mesures pour stimuler l’économie et la création d’emploi. Il a même demandé à la direction des ports de Los Angeles et Long Beach de fonctionner 24 heures sur 24 pour pallier les ralentissements sur la chaîne d’approvisionnement et éviter de nouveaux goulots d’étranglement.

Mais comment espérer faire fonctionner les ports jours et nuits s’il y a pénurie de main-d’œuvre ? Parce que oui, ce problème, commun à ce qu’on vit actuellement au Québec, s’ajoute à la pile des embûches.

Les débardeurs sont-ils assez nombreux ? Les camionneurs sont-ils suffisants pour effectuer les livraisons et vider le port ? Non et non.

Comme au Québec, les États-Unis sont aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre, ce qui ajoute une pression additionnelle sur la chaîne d’approvisionnement. Et ce n’est pas uniquement un manque de débardeurs et de camionneurs, mais une pénurie à tous les niveaux, qui impacte la distribution des biens.

Sans employé, comment assurer le fonctionnement efficace de la chaîne d’approvisionnement déjà fragile ?

Joe Biden est dépeint comme le Grinch sur les chaînes comme Fox News ou encore Newsmax, mais également au sein même du Sénat américain où quelques sénateurs se sont amusés, illustrations à l’appui, à faire le lien entre le personnage de Dr Seuss et l’actuel occupant de la Maison-Blanche.

Un sénateur de l’Utah est allé même jusqu’à présenter une loi baptisée « stop the Grinch act » en demandant qu’on élimine certaines restrictions fédérales dans les ports pour accélérer les choses. Un autre sénateur, celui-ci de la Floride, a présenté devant ses collègues une illustration du président en personnage du Grinch accompagné du Dr Fauci… transformé en Max, son fidèle compagnon canin.

Le président américain, lorsque questionné par les journalistes à savoir s’il pouvait garantir les livraisons de cadeaux à temps pour le 25 décembre, « uniquement le père Noël peut garantir cela », a-t-il répondu. Rien qui ne pourra apaiser ses ennemis politiques. Cette guerre des mots, presque cocasse, témoigne tout de même un problème où les solutions se font rares.

Les républicains affirment que les plans de réformes sociales de l’administration actuelle, qui couteront plusieurs milliers de milliards de dollars, n’auront pas l’effet escompté sur le marché du travail et ne pourront résoudre les problèmes économiques majeurs qui préoccupent les citoyens du pays. Il faut ajouter à cela les obligations vaccinales dans les entreprises privées qui sont aussi pointées du doigt comme l’une des sources du problème de pénurie d’emploi.

HenkelMedia.com
Photo : Rey Del Rio/Getty Images
HenkelMedia.com

Ce n’est pas mieux dans l’opinion publique. Selon un sondage réalisé par CNN, 30 % seulement des Américains croient que les politiques du président ont un impact positif sur l’économie. Pour la chaîne d’approvisionnement, 79 % des répondants considèrent qu’il s’agit d’un problème économique majeur. 

 Les démocrates avancent le contraire : comment espérer inciter certaines personnes à rejoindre le marché du travail sans avantages sociaux de base comme des congés de maladie ou de simples congés de maternité ? Du même coup, comment convaincre des femmes de retourner au travail sans service de garde abordable ? Ce sont certaines des initiatives qui peuvent sembler banales pour nous, mais qui ne le sont pas pour les Américains qui sont arriérés en la matière en comparaison à la majorité des pays industrialisés. Cette grande réforme sociale est-elle pour bientôt ? La réponse dans la prochaine chronique…

À propos de l'auteur(e)

Valérie Beaudoin

À propos de Valérie Beaudoin

Analyste et chroniqueuse

Valérie Beaudoin est analyse et chroniqueuse de politique américaine. Elle traite de divers enjeux de cette société, qui ont souvent un impact chez nous. Elle est également chercheure associée à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand et membre du Groupe de recherche en communication politique de l'Université Laval.