Anges Québec donne des ailes aux PME innovantes

Isabelle Naessens

23 février 2023

6 minutes

« Il faut tout un village pour faire naître une entreprise ». Geneviève Tanguay, la brillante PDG de Anges Québec, s’est appropriée le proverbe africain pour faire référence au développement… des start-ups ! Et elle est bien placée pour l’affirmer : son réseau de 250 anges investisseurs privés accompagne activement les jeunes pousses technologiques en fournissant non seulement des capitaux et un réseau d’affaires considérable, mais aussi du mentorat, ainsi qu’une expertise et de l’expérience inestimables en développement des affaires.

« Ils investissent, et ils s’investissent », assure-t-elle. C’est aujourd’hui le réseau le plus structuré et qui a le plus d’impact. Voici comment ça marche.

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Sophie Boulanger a bouleversé son industrie avec le premier site de vente en ligne de lunettes design de prescription

Est-ce que mon projet d’affaires se qualifie?

Vous rappelez-vous la success story de BonLook, la première à avoir opéré la digitalisation dans le secteur de la lunetterie, ou celle de HeyDay, la plateforme d’intelligence artificielle conversationnelle qui vient d’être acquise pour 60 millions par Hootsuite, de Polystyvert, dont la technologie permet de recycler une quantité considérable de matériaux contaminés tout en restant sobre en énergie, de Puzzle Medical Devices avec sa pompe cardiaque la plus sécuritaire au monde, ou plus récemment de Paper, qui vient d’obtenir une nouvelle ronde de financement de 100 million de dollars US, avec son application qui met en relation plus d’un million d’élèves et de tuteurs à travers l’Amérique du Nord?

Ce ne sont que cinq jeunes entreprises technologiques parmi les centaines que Anges Québec a soutenu depuis sa création en 2008. Elles ont en commun leur caractère absolument novateur dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation, l’intelligence artificielle, l’agriculture ou l’environnement. Elles répondent aux défis d’aujourd’hui et de demain ; elles ont un réel impact. Elles ont un potentiel de croissance fulgurant, et une envergure qui peut devenir mondiale.

Elles sont en phase de démarrage, « seed, ou pre-seed, précise Geneviève Tanguay dans le jargon du milieu. On parle de zéro à cinq ans ; et cinq ans, c’est déjà vieux! ». Elles sortent souvent d’incubateurs ou d’accélérateurs. « Il arrive que les high potentials qui se présentent ne soient pas encore tout à fait prêts, et c’est correct car ça leur laisse le temps de développer leurs réseaux, d’aller chercher des leads, et de revenir. On commence très tôt. Certaines n’ont même pas encore de point de vente! » 

Ces start-ups sont menées par des jeunes allumés qui ont à cœur d’intégrer des valeurs humaines à leurs projets, lesquelles se reflètent dans la structure de leur leadership et de leur gouvernance. Celles qui n’ont pas l’empreinte de la diversité estampée au sein de leurs équipes, incluant conseil d’administration et actionnariat, « ont déjà démontré qu’elles sont désuètes », tranche la spécialiste. Les considérations écoresponsables sont tout autant essentielles, qu’il s’agisse par exemple de traçabilité des produits, de mesure ou de réduction du carbone. 

Voici le profil de start-up recherché.

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Geneviève Tanguay, présidente-directrice générale de Anges Québec
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Visages de Anges Québec

Qui sont les Anges investisseurs?

Ne pousse pas des ailes sur le dos de n’importe qui! L’ange financier est quelqu’un qui a une grande expérience en affaires et des capitaux qu’il est prêt à fractionner pour les injecter dans des projets prometteurs. « Dans tous les cas, il ne peut pas être averse au risque, car c’est sûr qu’il y en a! », averti celle qui a plus de vingt ans d’expertise en investissement derrière la casquette. Il peut s’agir d’un entrepreneur en série, qui a vécu des échecs, s’est relevé, a réalisé des succès. C’est d’ailleurs pour lui la meilleure école pour apprendre l’investissement direct. L’ange peut aussi être un expert dans un secteur de pointe lié à la technologie. Ou un investisseur en capital de risque expérimenté. Les anges investissent dans plusieurs dossiers, en diversifiant leur portefeuille. Ils sont jumelés, quatre par projet, selon leurs valeurs et expertise.

« Le capital de risque, c’est 20 % de finance, explique Geneviève Tanguay. C’est bien d’autres choses aussi ». Au-delà de la philanthropie et de l’argent, les anges investissent leur temps et leur expertise. « Ils ont envie de vivre un nouveau succès, de participer à construire quelque chose de plus grand qu’eux. Ils désirent jouer un rôle déterminant et contribuer aux projets qui les allument dans un domaine auquel ils croient. Ils s’impliquent activement. Le mentorat, l’encadrement et l’accompagnement dans le développement des affaires font partie de leur motivation. On dit même que leur rôle les condamne à apprendre aux plus jeunes. »

Somme toute, une jolie boucle vertueuse.

Anges Québec est un réseau de 250 investisseurs actifs qui offre du capital de risque avec une valeur ajoutée extraordinaire pour une start-up. Des centaines de millions de dollars ont été injectés dans des entreprises québécoises, à raison d’une vingtaine d’investissements par année. En 2022, il y en a eu trente-cinq! Un volume impressionnant. « C’est environ vingt millions par année, ou cent millions sur cinq ans : on a la même capacité qu’un fonds d’investissement de taille acceptable », partage fièrement et avec raison, madame Tanguay.

Anges Québec, qui travaille main dans la main avec AQC Capital, une branche dirigé par l’ex-dragon entrepreneur en série Serge Beauchemin, a une immense force d’investissement, car elle est intégrée avec des groupes aux États-Unis et en Europe. Elle co-investit et crée des synergies avec l’écosystème.

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Le visage de l’investissement change

Depuis son arrivée il y a à peine deux ans, Geneviève Tanguay a insufflé un vent de jeunesse à l’organisation. Celle qui a déjà siégé sur de nombreux conseils d’administration et qui est aussi présidente du Conseil des marraines et parrains de la Jeune Chambre de commerce de Montréal a su professionnaliser l’investissement et actualiser le modèle d’affaires. 

Elle a contribué à la féminisation d’un secteur dans lequel on retrouvait en grande majorité des entrepreneurs blancs fortunés d’un certain âge! Un cliché sans nul doute, mais si près de la réalité. « Il y a vingt ans, y avait-il des fonds dirigés par les femmes? Depuis, ça se transforme. Je dirais qu’en ce moment, on est à un point pivot ».

En 2023, sur quatre projets d’investissement, trois sont menés par des femmes. « Elles ne reçoivent pourtant pas encore autant de valeurs en terme monétaires que les hommes. Il reste du travail à faire ! »  Même son de cloche du côté des membres d’Anges Québec. « Le pool d’excellence est là, mais il reste à convaincre toutes ces cheffes de file que leur expérience est valable et pertinente, bien plus qu’elles ne le pensent! »

Alors qu’on sait qu’au Québec les intentions d’entreprendre sont les plus fortes parmi les femmes et les immigrantes, il va falloir continuer à vaincre ce fameux syndrome de l’imposteur. Le monde de l’investissement désire refléter la diversité des visages de l’écosystème entrepreneurial, afin qu’il lui ressemble et qu’il soit en mesure de répondre à ses défis et de le propulser vers l’avant. Aux côtés de Geneviève Tanguay, il y a d’autres étoiles qui brillent dans le ciel des affaires au Québec : les Isabelle Hudon, Geneviève Morin et Ravy Por ne sont que quelques-unes des têtes d’affiche à ne pas perdre de vue! L’avenir est prometteur.

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À propos de l'auteur(e)

Isabelle Naessens

À propos de Isabelle Naessens

Rédactrice, analyste, critique, Isabelle Naessens est une femme réfléchie, engagée et versatile qui a œuvré en relations internationales avant de se tourner vers la communication. Stratège relationnelle créative, elle se joint à l’équipe de Henkel Média en tant que rédactrice principale et créatrice de contenus.